La soutenable légereté de l'être...amoureux
A propos de la Psychologie de C. Jung, Jolande Jacobi :
"Lorsqu'on a découvert et rendu conscience en soi la partie de sexe opposé dans sa propre âme, on tient en main ses émotions, ses affects. Cela équivaut en premier lieu à une réelle indépendance, bien qu'en même temps à la solitude, cette solitude de l'homme "libre intérieurement", qu'aucune relation d'amour ou d'amitié, qu'aucune association ne peut plus enchaîner, pour qui l'autre sexe n'a plus rien d'inquiétant ni de mystérieux, parce qu'il en a reconnu les traits essentiels dans les tréfonds de sa propre âme.
Un tel individu ne pourra guère "tomber amoureux" ; il ne peut plus être "éperdu", se perdre en un autre ; en revanche, il sera capable d'"amour" d'autant plus profond, dans le sens d'un don conscient au toi".
Cela se produit en chemin, au fur et à la mesure de son dépouillement. Après avoir rencontré le théatre et son ombre, le théatre intérieur et les choses enfouies c'est-à-dire ; après avoir ôté ses masques et intégré les images de l'animus et de l'anima... (la bipolarité est à essentielle notamment ce couple ainsi que, à un autre niveau, les pôles introversion/extraversion comme l'est la quaternité sentiment/pensée/intuition/sensation).
Alors, au cours (au bout ?) du voyage, au terme du processus d'individuation, émerge le Soi vivant.
Nous sommes faits des oripeaux des Pères et Mères que nous portons en nous et qui nous ont portés. Et dont il faut se défaire en partie : l'éclat d'hier peut aveugler, ou insuffisamment éclairer le temps et l'espace qui nous restent.
Nous sommes faits de Soi, pour qui il n'est de continent noir, ni d'inquiétante étrangeté de l'autre, qui n'attend plus ni Prince charmant, ni Princesse à réveiller. Aux yeux duquel, l'insoutenable légéreté de l'être ne se pose plus : tout -et celle-ci aussi- est à "amplifier" dans le Secret de la fleur d'or, au coeur de ce secret repose en paix la liberté de l'homme sans attache, et donc lié à la plus petite parcelle de l'univers comme à plus grand que lui.
Il faut écouter ses rêves, l'enfant qui vit en nous ainsi que notre être actuel, être attentif au symbole qui transforme l'énergie créatrice ainsi qu'à la seconde moitié de l'existence car "entre 35 et 40 ans, une profonde modification de l'âme humaine se prépare".
Et puis sans doute, au cours du cheminement, pendant la descente, il faudra répondre à cette question:
"la naissance de l'homme est porteuse de signification ; pourquoi pas sa mort ?".
Il y alors de la légèreté dans l'air et donc dans l'être et une suggestion deJung :
"Je sais seulement que je suis et que j'existe, et c'est comme si j'étais porté".
A tous ceux qui appréciant Deleuze et son Antioedipe, psychiatrisant l'existence, ou ne jurant que par Freud, jetteront le discrédit sur ces sujets, le professeur E. Bohler dans son allocution aux obséques de Jung, rappelera que ce dernier sut pratiquer le non-agir. Il fut un miroir tendu aux autres pour qu'ils puissent se découvrir, c'est-à-dire au moins, saluer son passage sur la Terre Mère.
Le reste est strictement personnel et ne regarde que... Soi et les Autres !