blanc-seing

Publié le par m

Souvent, Barbouille parle du père et tout. L'autre jour (soir, ici on part à la nuit et on rentre à  la nuit, juste si on savait pas, si on se repérait pas, on passerait peut-être une autre nuit là-bas, je sais pas où, seul en tout cas) je rentrais donc, seul dans la nuit orange et blafarde du métro - mais je regardais quand même pasque vous m'en aviez donné le goût. - La seule chose que j'aime vraiment pas c'est a) les odeurs, jsais pas, drôle de détergent b) quand l'appareil, après m'avoir dûment fliqué me recrache la carte, là alors c'est selon les courants d'air ou les rouages du trucs, par terre, loin devant, à côté, que ça bloque le truc ou quoi, bref j'y étais, dimanche soir. Y'avait une petite fille et son père - je pense (tout vient de là, qu'on imagine ce lien). Ils étaient tous les deux assis mais elle, en fauteuil. Tout de suite j'ai vu qu'elle avait les trucs pratiques pour les pieds, ces trucs qu'on démonte chaque soir et puis qu'on remet, le matin. Des bleus. Ces trucs, aussi les amputations, être privé de la marche, je dois vous dire que ça me filait une peur bleue quand j'étais gosse, on dit "peur bleue" sûrement pasque ça file des coups toute la nuit, qu'on n'en sort pas facilement, tellement la vie peut-être confondue (ou se confondre) avec un cauchemar, parfois. Je savais pasque j'y bosse, là-bas, maintenant. Et que c'est moi qui les mets les trucs, pas toujours, mais souvent. On peut travailler sur ses peurs, les découdre petit à petit, essayer de leur faire du bien, c'est comme essayer de faire des mots, de prononcer des mots qu'on avait perdu, avec, dans sa vie. Y'a une grande scène de Tarkovsky, je sais plus au début duquel, c'est un môme qui est bêgue et puis il y a une sorte de thérapie et puis ça se met en marche comme une belle cascade, et puis ce fleuve charrie plein de trucs,une sorte de préambule, de tout ce qui viendrait après.
   - ça convoque plein de choses, plein de choses qu'on se dit en marchant, en passant, eh bien on peut les écrire dans ces chroniques-là. Je vous parlerais bien encore d'un monsieur très gris très très terrible et de Bobby Fischer et du journal du soir - mais ce serait pour une prochaine fois.
    Donc je savais les cale-pieds, les mains émaciées, sauf que moi ce sont des grands, des vieux, et que là c'était presque pareil sauf qu'elle était toute jeune. C'est elle qui regardait son père. Lui on voyait qu'il avait "reçu", souffert, qu'il était fatigué, sac à dos léger et tout pour avoir ses mains libres pour son enfant en fauteuil. Fatigue. Il la regardait pas trop, la tête penchée, les coudes sur les genoux, un peu comme cela. Puis c'est elle, c'est elle qui lui a dit sûrement demandé quelque chose qui a besoin de l'autre, quelque chose pour savoir, quelque chose pour comprendre. Même demander pour ce qu'on fait, demain. C'est elle qui l'a compris, qui l'a tiré de là. Dans cette confiance et dans cette affection-là qu'il ne cessait d'avoir pour elle tout est parti de là, il se sont retrouvé l'un pour l'autre, sans une parole plus haute que l'autre, dans ce qui était fondé sur l'amour et puis la perte, le deuil, aussi.
    Y'a des deuils impossibles à faire, surtout quand tout est là.Y'a une phrase de Rilke - elle ne vient pas je crois de Rilke, mais on la citait parce qu'on croyait qu'elle venait de lui "Mais le beau n'est que le commencement du terrible", on croyait qu'elle était le tout début là encore des Elégies de Duino mais on n'ira pas voir, et ça serait cela, ce complexe de sensations et de regards, du fauteuil au corps et du corps au regard ; du quotidien à ce qui se passe et ne passe pas et le demande ou la reprise qui s'exprime, parfois.
  
     Et puis aujourd'hui, y'avait cours, on a encore parlé de deuils impossibles, car non consécution entre les sentiments et l'état des choses, et des corps. Mais là, tout de même, quelque chose témoignait, s'exprimait, même doucement, même par bribes, même dans la fatigue, le soin, extrême. C'est peut-être ce qui reste, le soin qu'on prend des choses, de l'autre, quand parler n'apprend pas.

      Hors du cours, quelqu'un disait que le plus difficile, c'était les enfants, impossible, pour lui.
      Je me suis dit, j'ai dit ce soir au repas que c'était cela que je voulais faire, un stage, ou rester, aller voir avec eux, aussi avec les enfants, un peu plus par là-bas, peut-être.
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P
un cheminement comme les tunnels en méandres du métroon aperçoit peut être une belle lumièremerci,m
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A
content de te retrouver dans cette chronique, magnifique texte
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B
Avoir le goût de regarder, d'oser regarder, d'aller voir, d'oser aller voir du côté de la peur et de l'enfance, et des enfants forts à te remettre un adulte sur ses deux pieds, aller voir si on peut leur donner la force à eux d'être debout dans leur tête.Du côté de l'âme...Alors se dire un soir qu'on peut aller par là-bas et trouver encore les mots pour l'écrire.Tes mots m, et ceux des autres ces derniers jours, charrient de l'humanité la beauté de cette existence que Clara célèbre.T.S.B. les humains...Salut de coeur et grand merci !
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C
Magnifique témoignage, m, magnifique observation, magnifique texte mais comment dire texte pour la vie-même ? Oui, les enfants, je crois aussi.
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