L'affiche
Oui, c'est bien ça, on fait un vaste pont entre l'autre des contes et celui de Beckett, et l'on y sème les cailloux qui devront servir à nous perdre. On fait une conque du désir et l'on désir s'avancer jusqu'à elle. Jusqu'à la perdre. On met une multitude de points qui serviront à expliquer que rien ne s'arrête. Que tout continue, malgré tout. On laisse une citation d'Hâfiz : "Même si l'abri de ta nuit est peu sûr / et ton but encore lointain / sache qu'il n'existe pas de chemin sans terme / Ne sois pas triste". On conte l'Histoire de l'affiche, comme d'une image de l'inconscient, quelque chose à aller voir tous les jours, comme s'il pouvait y avoir une clarté, quelque chose qui s'allume, là-bas. Tout d'un coup, même si comme dans Walser pour couper quelque chose, il y avait quelque chose à dire, cette bascule de la parole - ou des mots, portés sans qu'on puisse les entendre - vers quelque objet intérieur, lointain au point qu'on ne puisse relater exactement son terme ni en tout l'intérêt, anodin c'est-à-dire, créé, à un destinataire posé là, et qu'il s'agit d'atteindre. Je lis tout le premier chapitre des enfants Tanner. Il me semble exactement convenir, il se passe dans une librairie, d'abord. Le monde des lettres. Le vertige des imprimés. Selon qu'on trouve ou non, selon ses pas et sa main, et les corps qui font obstacle. Je feuillette. Je ne décide pas de dire ou de ne pas dire, quelque chose dont l'objet est si difficile à expliquer. Ne puisse se vendre.

Puis tout d'un coup, sans qu'on puisse expliquer comment la décision - comme le vent tourne, ou comme s'il semblait stagner en quelque endroit, vers lequel on s'avance - quelque chose se trouve dit, continue à se dire, et l'objet, à créer. Et pour se justifier l'on évoque encore Kleist "... en effet, mon esprit, déjà soumis à rude épreuve, n'en est que plus stimulé par cette tentative tout extérieure de lui ravir le monopole de la parole, et ses capacités connaissent un regain de tension, comme un grand général confronté à l'urgence des circonstances". Ce qui ne fut pas le cas. Mais le fait de passer à l'acte, d'évoquer, de jouer la bataille pour une cause toujours perdue pourrait se conçevoir comme l'abandon de quelque certitude pour passer l'arme à gauche, certes, mais du côté du désir. Personne ne me suivra jusque là, hélas. Mais faut-il là encore en être plus malheureux ? Se contenter de ce qui n'a pu être dit, ou seulement s'absenter. Ce quart-temps. On ne sait plus très bien si l'on récupère quelque chose à la fin, ou si quelque chose se trouve changé, de ce fait. Les cailloux se trouvent distribués, autrement. L'on rêve encore à une action de groupe, style commando pour dénicher l'objet choisi. On devient tout une foule. C'est peut-être la solution.
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