Bonsoir.
Une noisette s'il vous plaît. Tiens, c'est coquet, chez
vous. Sympa ces photos de vaches accrochées au mur. Y'a pas beaucoup
de monde, c'est intime. Lumière tamisée. Reposant après une journée
de boulot. Aaaah, ça fait du bien un café chaud. Vous venez là pour
quoi, vous ? Partager ? Juste dire ce qui vous pèse sur le coeur ?
Faire sourire ? Rire ? Se remémorer un instant ? Briser une
solitude ? Briser une attitude ? Etre là, quoi. Je vous ai dit que
j'aimais le virtuel ? Moi c'est pour ça que je suis là. J'adore
l'idée de vous parler, là, à vous, sans être avec vous. Y'a plein de
gens qui disent que c'est impersonnel, cruel, sans ailes. Pourtant je
m'envole loin, rue du Net. Un jour je vous donnerai l'adresse des
endroits où je bois le café, en dehors de celui-là, bien sûr ! C'est
qu'il y en a, des gens, de cette sphère, qui ont des choses à dire,
des pensées à envoyer, légères, dérisoires, importantes ou lourdes,
si lourdes. Des poésies, aussi. On y trouve de jolies expos, aussi.
Photos ou dessins, un grand bazar de l'art, de la croûte infâme au
dérangeant en passant par le beau, tout simplement. Démocratique,
quoi, cette sphère-là. J'ai même vu des idylles se nouer, vous savez,
dans ces endroits. Il arrive que les propriétaires de deux de ces
lieux se séduisent par leur art. Si si, je vous assure, ça existe
dans le grand boulevard virtuel, dans la sphère du peuple. On suit
ces histoire comme celles des people, mais ce sont des vraies gens,
et des vraies histoires. Enfin, je crois. Je suis naïve aussi, faut
dire. Je m'appelle Clara, quoi. Allez, les gens, bonsoir, à la non-
revoyure, et ne vous inquiétez pas, le jour se lèvera presque en même
temps, demain, pour nous tous qui sommes là sans être là. Même si
vous me lisez après-demain à 17h32. Z'avez qu'à faire preuve
d'élasticité temporelle, ça dépend de vous. C'est ça le nouveau monde.
Clara
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