La blog réalité
J'ai détesté la télé-réalité. Très franchement, les ablutions de Loana m'ont laissée pantoise de consternation, et Steevy est un peu plus rigolo aujourd'hui (quoique...). Longtemps, la télé s'est passée de moi. Mais je me suis faite avoir comme une bleue par la blog-réalité. Sans me vanter, je crois que le terme est de moi, mais comme commencent à le savoir deux de mes connaissances proches, on croit avoir inventé ce qui est dans l'air du temps, et on se fourre irrémédiablement le doigt dans l'oeil jusqu'à la sphère cervicale nommée : je-croyais-être-la-plus-originale. Je vous raconte, et c'est l'occasion de vous donner les adresses de là où je vais boire le café parfois. Vous allez comprendre vite fait que mes arrêts-caféine ne sont pas très intellos, et je m'en excuse à l'avance, mea-culpa, je me flagellerai ce soir, promis, avec un martinet à pointes acérées. Donc, je me vends illico, tête baissée de honte : j'ai longtemps aimé le blog BD de Laurel. Au début, c'est tout mignon, tout rose, tout rassurant, on adore nous les filles (oui, j'ai honte je vous dis). J'ai commencé à me méfier aux premières images de coeurs sanguinaires qui palpitent dans une innocente main candide. Déprime passagère de la jeune dessinatrice ? Bon, je peux comprendre. Puis soudain, on comprend, notre coeur à nous tout palpitant à son tour, que le blues de la demoiselle est causé par... Je vous le donne en mille : un dessinateur hyper connu qu'on ne connaissait pas jusqu'à présent mais que maintenant qu'on le connait est forcément hyper en vogue, puisque, si vous avez tout suivi : je-ne-suis-pas-originale-mais-dans-l'air-du-temps-c'est-comme-ça-j'y-peux-rien. On finit, forcément, par se passionner par les affres amoureuses de nos deux dessinateurs hyper connus de la blogosphère. Au passage, d'autres personnages croisent ces deux protagonistes, subtilement distillés dans de petites BD. Quoi, serait-ce l'amant de la demoiselle ? Quoi, serait-il connu, lui aussi ? Enfin je veux dire : il tient un blog ? Oui ? OUI ! Trop bon, je veux l'éplucher, en savoir plus, le déshabiller, l'inonder de commentaires. Lâchez vos comms, disent les jeunes. Poétique, isn't it ? Achetez Carmilla, reçoit-on en message pseudo-lourd-subliminal, entre deux avides recherches curieuses. C'est qui, son amant ? Achetez mon album, quoi, à moi pauvre petite chose malheureuse. Ah ben oui c'est vrai la pauvre, elle a tellement l'air de souffrir, avec son coeur tout sanglant... Puis soudain, l'histoire est finie. On est tout mélancolique. C'est triste une histoire d'amour qui se termine... En plus je lui ai même pas acheté Carmilla. Retour au train-train. Puis voilà qu'elle recommence. Ca alors, l'amant est - encore- un dessinateur connu que je connaissais pas ! Achetez Carmilla ! Heu, attends un peu, tu veux, c'est qui, lui ? Fabrice Tarrin, il s'appelle. Acheter Spirou ! Hein, quoi ? Achetez l'écho des savanes ! QUOI ? Mais expliquez-moi ! Laurel y montre ses seins ! Ca y est, la nausée digne des meilleurs moments de Loana me saisit à nouveau. Par pitié, Laurel, pas ton genou écorché, ça c'est trop, j'en peux plus ! Je te lâche, définitivement. Laurel, c'est fini. Laurel m'a tuée. Repos. Tout doucement, je fais ma convalescence sur le blog de l'éconduit ou éconducteur, pas tout compris. Le tarrinblog, ça s'appelle. Je déteste quand il reparle de Laurel, ça me rappelle ma faiblesse et mon voyeurisme vomissants. On parle de loghorrée, moi je suis atteinte de scribhorrée, je ne veux pas de visiorrée. Et puis tiens, je commence à le trouver attendrissant, l'animal. Pourtant, je vous assure qu'il fait tout pour se faire détester, ça doit avoir une signification freudienne, genre sa mère qui l'aimait trop, voyez... C'est reposant, ces facéties, ces ptites bédés qui ne racontent pas sa vie, ou peut-être que si, qui sait, et puis son culot monstre. Un gars qui ne prend pas la vie au sérieux, en somme. Et puis soudain, voilà que ça recommence. Une blogueuse le drague par commentaire interposé. Et qu'est-ce qu'on apprend-t-y pas ? Vous croyez que c'est ma voisine, ou bien une anonyme perdue au fin fond de la France profonde ? Que nenni ! Une écrivaine, et pas n'importe laquelle : Lolita Séchan ! Devinez vous-mêmes d'où lui vient son nom. J'étais énervée, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Je voyais revenu le temps où Tarrin utiliserait son illustre copine pour donner des formes attractives à ses impostures (même si l'écho des savanes a péri entre-temps). Cette fois c'était sûr, je ne me ferais plus avoir. A la moindre indécence qui titillerait mes bas instincts de voyeuse-curieuse, je fuirai ailleurs. Après tout, j'ai pas que ça à faire. Y'a Voici qui me tend les bras, j'ai même pas fini de le lire, avec tout ça. Et puis, ouf. La jeune fille, cette fois, se révèle normale. Pas de grave tendance exhibitionniste, pas de coeur ou de genou sanglants à montrer. Et ô joie, elle veut jouer avec la réalité ! Ne pas tout révéler, peut-être même rien, tiens, et travestir le vécu pour nous dérouter. Ouf, elle fait jouer nos neurones. Et elle rend l'animal meilleur, on dirait. Va-t-il enfin se foutre de ses statistiques comme de son premier caleçon ? Je respire. On va peut-être enfin jouir de la tête. Mais par pitié, je ne veux pas savoir si vous couchez... Clara