Dans la peau de...

Publié le par Clara

Je m'appelle Laura et je vis à Plum Creek, à côté de Walnut Grove. On est au XIXème siècle. On est des pionniers.
Je porte tout le temps d'horribles robes à fleurs. Ma maman me fait de longues tresses hyper serrées qui me font très mal au crâne, et je vis des aventures qui durent cinquante-deux minutes, à la fin desquelles je finis invariablement par me casser la gueule dans les champs, avec mes soeurs.
Ceux qui disent que je n'ai pas une vie super gaie se fourrent le doigt dans l'oeil. D'abord, j'ai un peu remplacé le fils que mon père, Charles Ingalls, a toujours voulu avoir. A moi les parties de pêche ! C'est quand même plus rigolo que faire la cuisine avec ma mère Caroline, qui n'arrête pas de me dire que quand je serai plus grande je serai plus douce et plus belle et moins capricieuse. Bref, que je saurai m'écraser comme elle...
J'ai eu de la chance avec ma grande soeur, aussi. Je la jalousais parce que c'était la plus belle et la plus intelligente. Et puis hop, elle finit aveugle. Hé hé, bien fait. J'ai pu retrouver la vedette dans la famille. Quant à mes petites soeurs, elles ont toujours valu peanuts. Personne ne faisait attention à elles, et j'ai bien oeuvré pour ça, à toujours me mettre en avant.
Nellie Oleson, vous croyez qu'elle m'a persécutée ? Vous rigolez ou quoi, c'était mon meilleur faire-valoir ! Grâce à elle, j'ai toujours eu l'air d'un ange, alors que j'étais une fieffée peste, il faut bien le dire.
Comme je voulais pas faire mère au foyer, j'avais pas trop le choix, je devais bosser. A l'époque, je pouvais pas faire autre chose qu'instit, même si je détestais les mioches. Enfin, il y en avait un qui me plaisait, parmi mes élèves. Je l'ai épousé, même s'il s'appelait Almonzo, la honte.
J'ai eu des enfants, et plein d'autres aventures que personne ne connaît parce que les producteurs n'avaient plus de fric. Puis je suis morte.

J'ai ressuscité à Marseille, en 1981.
Mes parents m'ont appelée Emmanuelle. J'ai appris plus tard que c'était un prénom évocateur. Ca m'a donné des idées. Surtout, j'avais trop envie de me montrer à nouveau. Alors j'ai pas traîné. Mon amour de l'humanité a pris le dessus assez vite, que voulez-vous, on ne se refait pas.
A 19 ans, je décide de changer de prénom. M'appeler Laura à nouveau me titille un peu, mais finalement, ce sera Clara. Juste à ce moment-là passe la chanson de Renaud : Morgane de toi. Trop joli, Morgane. Allez, ce sera Clara Morgane. Cool, non ?
Puis je me regarde dans le miroir de ma chambre, tout en fredonnant avec le père Séchan. Je dénoue mes nattes. Drôle de réflexe, de me faire encore des nattes. Tiens, je suis mieux comme ça. Faudrait ptêtre que j'ôte ma robe à fleurs. Je suis même plutôt pas mal, à bien y réfléchir. Pourquoi garder tout ça pour moi, ce serait bien trop égoX ! Illumination. J'ai trouvé ma vocation.





Toutes les histoires sont des histoires d'amour. C'est pour cette raison que la première fois que j'ai vu Clara, si nue et si belle sur l'écran, soudain les cris des gosses dans Eureka Street se sont tus. Je me suis dit que je devais quitter Belfast au plus vite, pour aller la retrouver.
La première chose que j'ai faite, c'est appeler mon attachée de presse, même si on était tôt le matin. Elle ne peut rien me refuser. Un numéro, juste un numéro. Trouve-le moi. Elle le trouve.
- Allo, Clara, je vous aime.
- Qui êtes-vous ?
- Je vous aime, je vous dis. Ca devrait suffire ! Bon, je m'appelle Robert Mac Liam Wilson.
- Ah.
Je ne sais comment interpréter ce ah. M'a-t-elle cru ou non, quand je lui ai dit que je l'aimais ?
C'est le problème quand on ment. Si on ne vous croit pas, vous vous méprisez ; et si on vous croit, vous méprisez l'autre. Je finis par la convaincre et donc la mépriser. Pas d'avion pour Paris avant le début d'après-midi.
En attendant, je me penche vers la fenêtre. J'habite une rue populaire de Belfast. J'y observe les gens.
Il me semble que leur pauvreté leur parait pire le matin. Il leur est plus facile de rêver ou de délirer le soir, quand l'optimisme ou la gnôle peut vous rendre plus agressif ; mais dans la lueur blême du matin, elles doivent sembler indéracinables, cette pauvreté, cette honte.
Puis, l'avion.
La curiosité de Clara est telle qu'elle m'attend à l'aéroport. Elle veut me voir, puis s'enfuir vite si je ne lui plais pas. Mais elle n'a aucun moyen de me reconnaître ! C'est moi qui la vois d'abord, je décèle en elle un air gai de petite fille. Elle me fait penser, je ne sais pourquoi, à un feuilleton télévisé consternant. Puis, elle me voit.
Il n'y a plus la moindre trace d'amusement sur son visage. Désormais, tout y est sérieux. 
Nous avons l'impression de former le petit centre immobile d'une tornade déchainée.
Puis, longtemps après, une éternité peut-être, nous faisons connaissance. Nous marchons dans Paris. Jusqu'à ce que le jour s'éteigne.
La nuit était trop belle, trop vaste, trop sombre pour être vraie. Un nuage a crevé et une pluie fine est tombée comme une vengeance.




Je m'appelle Hans Kunst. L'amnésie m'a frappé si fort que je ne sais plus qui je suis ni qui me connait, ni si je suis mort ou vif. Il y a juste un gars qui a l'air de le savoir à ma place, et qui m'écrit sans relâche, et ça empêche mon repos. Il me crie son admiration. Mais qu'est-ce qu'il me veut, ce gars dans sa Bretagne paumée ? Par pitié, oublie-moi à ton tour ! Personne ne me connaît à part toi, lâche-moi que je puisse me reposer enfin ! Y'a tous les copains du paradis, ou dans la pièce à côté, je sais pas bien, qui matent une certaine Clara à la beauté divine, et moi j'erre au purgatoire ou dans le bureau du courrier en souffrance par ta faute. Je t'en suppliiiiiie, oubliiiiiiiie-moaaaaa....

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Publié dans Clara

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A
bah pour quoi elle parle de moi la dame
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C
T'as raison, surtout que ça devient dangereux, ce blog, on ne sait vraiment plus à qui on a affaire. Cher Aimé Brioche, libère Ad. C'est lui qu'on aime. Toi, tu me fais peur à cause de ton nom faussement rassurant. Et puis je déteste la brioche.
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A
Un conseil, Clara.Laisse ton coulpe en dehors de cela.
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C
Ouaip, fondus ! Moi j'adore !La culture de Pierre Louis me dépasse un peu mais je vais tenir le coup ;-)Hé ben non, je connaissais pas Hans Kunst, je bats ma coulpe ....
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E
Emmanuel Pierre Louis Ad Clara Gaelle Manad. Ca claque, je sais, comme nom.<br /> Ch'pensequec'estclair.<br /> Je constate qu'on est tous (au moins tous les trois), fondus de ce blog. <br /> De belles heures se préparent.<br /> Hans Kunst n'est pas un avatar tordu de Lynch, comme l'image le suggère, mais un critique d'art. A peu près le Georges Didi-Huberman allemand.<br /> Bises à toute l'équipe
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