LE MAÎTRE DHÛ
Ca commence comme une leçon de marche, on commence par marcher avant de courir, on pose une basse sur un pas, et un accord sur l'autre - c'est la main gauche. Seulement alors la main droite. La main gauche ne suit plus la main droite, on avance quelque part ; on marche en rythme, tous les deux.
C'est une valse à cinq temps. Une basse, deux accords, une basse encore, un accord pour finir. On a désespérement envie de tenir un ternaire, le trois temps d'une valse, mais non, c'est autre chose. Y'a même pas de mélodie ; elle est perdue dans ce drôle de rythme, tenue dans les accords aussi (main droite), c'est que de l'émotion. C'est pas facile à jouer, ça demande pas mal d'engagement, faut faire ce drôle de court-circuit entre corps et musique, on oublie le cerveau, on le laisse à la maison. On comprend rien, de toute façon, pendant deux heures. Juste on essaie, de ressentir, de laisser aller son corps, à la musique.
Des fois ça marche, cette mémoire des gestes, faut être ouvert, prendre des risques.
(Le soufflet est comme un grand plexus).
Il donne beaucoup, lui, pas un musicien, un "animateur musical", qu'y dit. Moi j'dirais bien tout autre chose, lui avec son gros pull, "chômeur", qu'y dit aussi. Moi j'écoute ses chaussures, je regarde ces mains, quelquefois on se penche, tous les deux, chacun pour mieux écouter son instrument, ou entrer dans celui de l'autre. C'est ça, s'écouter et écouter l'autre, respecter le désir de l'autre, jouer avec lui, avec comme seul témoin, parfois, de la musique. Ca vaut vraiment le coup, on parle pas beaucoup - c'est un musicien, quoi -, surtout pour savoir qu'il n'y a pas de règles, et qu'on fait, suivant son plaisir.
Je pense à la leçon suivante, à laquelle on n'est jamais sûr d'assister, tellement c'était bien, cette-fois-ci. Celle-là était vraiment bien. On ira jusqu'où on pourra aller, seul, entre deux cours. Et puis on rejouera ensemble. Peut-être.
Quelque chose d'enfin clôt, de circulaire (un air, une ritournelle...), qu'on tourne, dans cette impermanence des choses.
Sauf dans cette valse à cinq temps - le maître Dhû.
C'est une valse à cinq temps. Une basse, deux accords, une basse encore, un accord pour finir. On a désespérement envie de tenir un ternaire, le trois temps d'une valse, mais non, c'est autre chose. Y'a même pas de mélodie ; elle est perdue dans ce drôle de rythme, tenue dans les accords aussi (main droite), c'est que de l'émotion. C'est pas facile à jouer, ça demande pas mal d'engagement, faut faire ce drôle de court-circuit entre corps et musique, on oublie le cerveau, on le laisse à la maison. On comprend rien, de toute façon, pendant deux heures. Juste on essaie, de ressentir, de laisser aller son corps, à la musique.
Des fois ça marche, cette mémoire des gestes, faut être ouvert, prendre des risques.
(Le soufflet est comme un grand plexus).
Il donne beaucoup, lui, pas un musicien, un "animateur musical", qu'y dit. Moi j'dirais bien tout autre chose, lui avec son gros pull, "chômeur", qu'y dit aussi. Moi j'écoute ses chaussures, je regarde ces mains, quelquefois on se penche, tous les deux, chacun pour mieux écouter son instrument, ou entrer dans celui de l'autre. C'est ça, s'écouter et écouter l'autre, respecter le désir de l'autre, jouer avec lui, avec comme seul témoin, parfois, de la musique. Ca vaut vraiment le coup, on parle pas beaucoup - c'est un musicien, quoi -, surtout pour savoir qu'il n'y a pas de règles, et qu'on fait, suivant son plaisir.
Je pense à la leçon suivante, à laquelle on n'est jamais sûr d'assister, tellement c'était bien, cette-fois-ci. Celle-là était vraiment bien. On ira jusqu'où on pourra aller, seul, entre deux cours. Et puis on rejouera ensemble. Peut-être.
Quelque chose d'enfin clôt, de circulaire (un air, une ritournelle...), qu'on tourne, dans cette impermanence des choses.
Sauf dans cette valse à cinq temps - le maître Dhû.
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