Juste pour la beauté...
Comme l'été approchait, comme les soirées s'allongeaient, les vigilants, les confiants, qui se promenaient sur la plage et agitaient l'eau des flaques, eurent des visions de la plus étrange espèce : de chair transformée en atomes chassés par le vent, d'étoiles s'allumant soudain dans leur coeur, de falaise, de mer, de nuage et de ciel rassemblés à dessein pour réunir dans une forme extérieure les fragments dispersés de l'image intérieure. Dans ces miroirs que sont les esprits des hommes, dans ces flaques d'eau inquiète, où incessamment tournent les nuages et se produisent les ombres, les songes persistaient et il était impossible de résister à l'étrange suggestion que semblaient faire toutes les mouettes, toutes les fleurs, tous les arbres, tous les êtres humains et la terre elle-même dans sa blancheur, à savoir que le bien triomphe, le bonheur l'emporte, l'ordre gouverne (mais tous ces témoins se dérobaient lorsqu'on leur posait une question précise) ; impossible également de résister à une extraordinaire impulsion de s'en aller de tous côtés à la recherche d'un bien absolu, d'une intensité cristalline, éloignée des plaisirs connus et des vertus familiales, quelque chose d'étranger au mécanisme de la vie domestique, possédant l'unité, la dureté, le brillant comme un diamant enfoui dans le sable et dont la possession assure la sécurité.
Virginia, toujours.
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