Lettre à Pablo

Picasso, s'il te plaît, fais relever la tête à cette femme. Montre-nous ses yeux. Elle peut cacher son sein, si elle veut, mais surtout, qu'elle ouvre la fenêtre et laisse entrer la lumière.
Que son regard se fixe sur la vie au lieu de son propre nombril. Elle se cache tant de choses, jusqu'au bas de son ventre, avec l'éventail.
Que ses sourcils se détendent. Que son front se fasse léger. Qu'elle aime avec simplicité, sans se tromper.
Dessine-lui une bouche, aussi, pour qu'elle sache parler. Dire des mots vrais.
Simples, surtout.
Qu'elle accepte l'amour.
Qu'elle accepte ses élans.
Qu'elle repousse ce qui compromet le bonheur.
Qu'elle le pousse, ce long soupir qu'elle retient, qu'elle observe prisonnier de sa main.
Qu'elle se lève, enfin.
Inspire.
Expire.
Et donne-lui à lire, s'il te plaît, Pablo, ces mots de Baudelaire :
Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."
Que son regard se fixe sur la vie au lieu de son propre nombril. Elle se cache tant de choses, jusqu'au bas de son ventre, avec l'éventail.
Que ses sourcils se détendent. Que son front se fasse léger. Qu'elle aime avec simplicité, sans se tromper.
Dessine-lui une bouche, aussi, pour qu'elle sache parler. Dire des mots vrais.
Simples, surtout.
Qu'elle accepte l'amour.
Qu'elle accepte ses élans.
Qu'elle repousse ce qui compromet le bonheur.
Qu'elle le pousse, ce long soupir qu'elle retient, qu'elle observe prisonnier de sa main.
Qu'elle se lève, enfin.
Inspire.
Expire.
Et donne-lui à lire, s'il te plaît, Pablo, ces mots de Baudelaire :
Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."
Publicité