La tentation

Publié le par Clara

Pardon, Ad, d'éclipser ta photo jubilatoire pour une de mes sombres pensées philosophiques. Mais voilà, j'y ai pensé tout à l'heure. J'ai des pensées étranges, ces temps-ci. D'abord j'ai lu le journal dans un parc. Puis j'ai observé longtemps une oie au bord d'une mare. Le gardien du parc était là, et elle le suivait en gloussant. Je me suis dit : une oie, c'est un chien. Cette révélation consternante m'a sans doute plongée dans une stupeur qui ne m'a pas lâchée durant le chemin du retour au boulot, d'où des réflexions peut-être stupides.
Sur ce chemin, j'ai pensé à ça :

A la tentation.
Le mot tentation est le plus souvent utilisé pour parler d'une attirance irrésistible vers un plaisir, une pulsion, un désir qui prend aux tripes, ou un vice.
Mais n'avez-vous jamais ressenti une autre sorte de tentation ?  Rappelez-vous, elle ne dure qu'un millième de seconde. Elle est si fulgurante et dérangeante que vous l'oubliez aussitôt.

C'est, lorsque vous êtes sur un trottoir, et que vous allez traverser la route, regarder cette voiture qui arrive à une vitesse folle. C'est penser : j'y vais. Je m'y jette. Voir ce que cela fait. Un très très très bref instant. Puis se raviser.
Idem sur le quai d'une gare.
Dans le métro.
C''est, devant un feu, vouloir y plonger la main.
Sauter dans l'ascenseur, sans l'ascenseur.
Dans une étendue d'eau glacée, s'y paralyser.
Dans un puits tomber.
C'est vouloir ressentir son corps
Les os craquer.
Une douleur vraie.
Etre enfin sûr d'exister
Durant cette nano-seconde d'éternité
Puis

Etre soulagé de renoncer.
Planer au-dessus de la voiture
du train
du métro
du brasier
de l'eau glacée
du puits
oublier son corps
philosopher.

Qu'est-ce qui est le plus fascinant ?
La tentation ?
Ou ce qui nous fait résister ?

Publicité

Publié dans Clara

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
C'est effrayant ! Déjà que je me faisais un peu peur, je vais me surveiller davantage !
Répondre
M
Une page de Poe (tiré du "Démon de la perversité"), tout les "nouvelles histoires extraordinaires sont d'ailleurs une sorte de méditation en acte de ce genre de sentiment (bien sûr, là, je crains une remise à niveau sévère... mais bon...)"L'induction a posteriori aurait conduit la phrénologie à admettre comme principe primitif et inné de l'action humaine un je ne sais quoi paradoxal, que nous nommerons perversité, faute d'un terme plus caractéristique. Dans le sens que j'y attache, c'est, en réalité, un mobile sans motif, un motif non motivé. Sous son influence, nous agissons par la raison que nous ne le devrions pas. En théorie, il ne peut pas avoir de raison plus déraisonnable ; mais, en fait, il n'y en a pas de plus forte. Pour certains esprits, dans certaines conditions, elle devient absolument irrésistible. Ma vie n'est pas une chose plus certaine pour moi que cette proposition : la certitude du péché ou de l'erreur inclus dans un acte quelconque est souvent l'unique force invincible qui nous pousse et seule nous pousse à son accomplissement. Et cette tendance accablante à faire le mal pour l'amour du mal n'admettra aucune analyse, aucune résolution en éléments ultérieurs. C'est un mouvement radical, primitif, - élémentaire."
Répondre
C
Ah ! Ce serait simplement une conséquence de l'ennui ? Peut-être, peut-être...
Répondre
A
Je crois que tu t'ennuies beaucoup dans ton nouveau job, ceci étant dit, la tentation est fascinante.
Répondre