Que deviennent Violette et Doumé ?

Publié le par Clara

Doumé se réveilla le lendemain dans un lit d’hôpital. Les deux jeunes gens qui l’avaient sauvé avaient jugé préférable d’appeler les marins pompiers, à cause de son air hagard. En attendant, ils l’avaient laissé étendu sur le béton, et un petit attroupement avait commencé à se former autour d’eux. Ses deux sauveteurs lui parlaient pour le maintenir en contact avec le réel.
– Le mec qui a voulu te noyer, c’était un rapide, p’tain. J’ai même pas pu voir sa tête, c’est con.
– Ouais, enfin, on a pu voir comment il était habillé, quand même.
– Ah ouais, il avait un survêt gris. Et le mec il était pas plus grand que moi, je crois, et peut-être pas vraiment maigre, hein, Mourad ?
– Ben c’est pas avec ça que les flics vont trouver qui c’est.
Mourad avait éclaté de rire.
– Ah parce que toi, maintenant, tu y crois, que les flics peuvent trouver quelqu’un !
La sirène de l’ambulance les avait interrompus. On avait embarqué Doumé sous les regards curieux. Puis il avait roulé, allongé aux côtés d’une infirmière, vers la continuité de sa vie qui avait failli finir ce soir. La jeune femme lui frictionnait agréablement les bras et les jambes. C’était qu’il frissonnait encore violemment, moins à cause du choc physique, qu’à cause de tout ce que ça signifiait. Il savait qu’il pouvait à nouveau se faire agresser à tout moment, car il était désormais persuadé de la véracité de son hypothèse. Il se savait la cible et la prochaine victime du tueur en série. Il se doutait aussi qu’il n’avait rien à attendre de la police. Seul le meurtre du boucher restait sans explication. Sans doute les policiers avaient-ils trouvé les enveloppes roses, mais ils ne leur avaient peut-être pas accordé d’importance, d’autant que c’était Doumé qui possédait celle du boucher. Mais peut-être en recherchaient-ils quand même l’auteure… Cette idée le faisait frissonner plus fort encore, car il ne pouvait imaginer qu’il arrivât quelque chose à Violette, bien qu’il ne fût pas sûr de son innocence. Mais comment cette frêle jeune fille aux yeux si francs eût-elle pu faire le moindre mal à quiconque ? Quel était le rôle de Violette, dans cette histoire ?
-Allons, allons, calmez-vous, lui murmurait l’infirmière.
Il décida de s’endormir.
Il n’était allé porter plainte que deux jours plus tard. Il avait effectivement bien peu d’éléments à donner. En sortant de l’hôtel de police, il avait offert son visage au soleil, puis sorti son téléphone de sa poche. Il sourit en prononçant :
– Allô, Violette… Tu veux qu’on se voie, aujourd’hui ?
Il avait, malgré tout, décidé de prendre le risque de l’aimer…


Ils se virent plusieurs fois, depuis, et à chaque fois il la trouvait plus radieuse. Ils ne parlaient pas de Coline, ni des enveloppes roses, ni des meurtres. Ils apprenaient juste à s’aimer, elle et lui apprivoisant la nouvelle image qu’elle s’était découverte, à l’occasion de la révélation du passé maternel. Lentement, Violette construisait un nouveau sens à ce qu’elle était vraiment. Elle allait régulièrement rendre visite à cette femme qui avait connu Coline, pour en apprendre davantage. Du bon comme du moins bon. Encouragé par le sang-froid de la jeune fille devant sa vérité, Doumé tentait de faire de même.
Il s’émerveillait du simple fait d’être aux côtés de cet ange lilas, qui l’émouvait plus que personne ne l’avait jamais fait. Il devait encore, cependant, faire face à des hauts et des bas. Il devait lutter pour ne pas sombrer plus bas que la ligne frémissante de la mer, mais depuis qu’on avait tenté de l’y noyer sans lui proposer auparavant de s’y suicider, il ne s’approchait plus de l’eau traîtresse.


Cet après-midi-là, il avait rendez-vous avec elle.
Le temps était superbe, et ils décidèrent de se promener le long de la digue qui s'étendait du fort Saint-Jean jusqu'au petit phare vert annonçant l'étranglement entre cette digue et celle du large, bien plus étendue. Celle-ci partait en effet de l'Estaque pour arriver jusque là, à l'entrée du Vieux-Port. Ils parcoururent, main dans la main, l’esplanade du J4. Des gamins en culotte prenaient élan d'un rocher et plongeaient dans l'eau pas très bleue. Mais ils s'éclataient sans retenue, et parfois même poussaient le jeu jusqu'à nager de l'autre côté, en bas du palais du Pharo. Derrière eux se dressait toujours dignement la Bonne Mère sur sa colline, et devant eux s'étendait la mer infinie et scintillante, où glissaient quelques bateaux à voile. La navette pour le Frioul passa dans un grand bruit de moteur, bondée de touristes.
Violette et Doumé étaient parvenus au bout de la jetée, et s'assirent, adossés au petit phare vert. Ils observaient à leur droite l’impressionnant ferry gris qui s'apprêtait à partir pour la Corse ou l'Algérie, puis se perdirent dans la contemplation de l'horizon immobile et mystérieux.
Doumé, ému par le profil de Violette souriant au bleu profond, lui enserra la taille pour l'embrasser. Leur baiser se prolongea et prit un tour passionné. Mais soudain, Doumé ressentit une vive douleur sur la hanche collée contre la jeune fille.
Il se dégagea en un sursaut, porta sa main sur son flanc, et la retira, ensanglantée.
– Merde alors ! Violette, tu... Tu...
Il paniqua, observant Violette d'un air effrayé. Celle-ci se leva, tenta de le prendre par les bras, mais il se dégagea.
– Ne me touche pas ! T'as essayé de me tuer ! Jette ton couteau !
– Mais Dominique, je t'assure que...
Doumé avisa alors, à l'endroit où ils étaient assis, des tessons de bouteille, qu'ils n'avaient pas vus avant de s'installer. L'un d'eux était couvert de son sang. Il jeta à Violette un regard de détresse, avant de la prendre dans ses bras :
– Pardon, murmura-t-il. Pardon, c'est cette agression de la dernière fois. Tous ces meurtres.... J’ai... J’ai peur.
Il la serrait fort, craignant confusément de se perdre s’il la lâchait. Mais Violette s’inquiétait de sa blessure, et parvint, non sans mal, à desserrer son étreinte pour l’examiner. Ça n’était pas bien grave. Violette improvisa un pansement, avec un foulard qu’elle avait dans son sac. Puis elle se laissa bercer, et le berça à son tour. Ils se rassirent doucement au même endroit, en ayant soin cette fois de déblayer le béton par quelques coups de semelle. Un long silence issu de l'onde les enveloppa.
Puis Violette posa la tête sur l'épaule de Doumé, avant de prononcer :
– Je te dois la vérité...
Doumé ne répondit rien, mais estima que, oui, elle lui devait bien ça.
Violette prit une grande inspiration.
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Publié dans Le roman de Violette

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