bonne nuit
L’ampoule de ma lampe de chevet vient de péter… Je me love sous ma couette, tente de fermer les yeux…. Pfff…ça danse sous mes paupières, non, pas moyen, trop triste, la banalité d’un certain quotidien me force à projeter, élaborer, planifier, regretter parfois même… M’endormir sans une petite page de mon roman préféré ? Celui qui traîne depuis un mois sur la table de nuit, celui dont je relis inlassablement chaque soir la même phrase, épuisée par la recherche de la ligne abandonnée la veille- non je ne corne pas la page – vais pas l’abîmer, celui-ci tout de même – un marque-page ? une auteure célèbre m’en fournit assez souvent et je les conserve avec le plus grand soin, dans des lieux protégés, à tel point qu’au moment de m’endormir, quand le livre a fait son œuvre relaxante sur mon esprit, je n’ai plus la force de les y chercher – Oh, et puis après tout, il y a quelques années (devrais-je dire décennies ?) je ne confiais qu’à ma mémoire le numéro de la page à reprendre le lendemain, et cela fonctionnait ! J’ai encore de l’orgueil, moi… Et me voici le livre en main feuilletant fébrilement, à la recherche du nombre qui sombra dans les limbes de mon souvenir désespérément confus… J’y perds un peu de temps, après tout qu’importe ! répond la positiviste, la délicieuse lecture ne s’en étalera que plus longtemps, des jours de délectation à venir, je m’en régale d’avance...Je m’installe et retrouve enfin avec bonheur, après relecture d’un ou deux paragraphes qui trouvent vaguement écho en ma mémoire, la ligne qui sema le sable, et , immanquablement, je ferme à nouveau les yeux… Voilà. Oui, mais ce soir, mon ampoule est grillée.
Quoi ? Me lever alors que je sombre sur ma ligne redondante, pour presser un interrupteur général ? aberration totale ! Tout serait alors à refaire..
Sur ce, je me dois d’arrêter là mes pattes de mouches sur mon cahier à petits carreaux avant que les piles de ma lampe de poche ne faiblissent, je vais saisir mon bouquin…
Quelle page, déjà ?