Un poème de DH Lawrence
BÉBÉ TORTUE
Tu sais ce que c'est de naître seul
Bébé tortue !
Le premier jour tu dégages tes pattes peu à peu de la coquille,
Pas encore éveillée,
Et encore déchue sur terre,
Pas tout à fait vivante.
Une fève minuscule, fragile, à demi animée.
Pour ouvrir ta bouche-bec minuscule qui semble ne jamais pouvoir s'ouvrir
Comme une porte de fer ;
Pour lever la mandibule supérieure de ton bec de faucon
Et tendre ton petit cou maigre
Et prendre ta première bouchée d'herbe triste,
Seul, petit insecte,
Minuscule oeil brillant,
Lent.
Pour prendre ta première bouchée solitaire
Et poursuivre ta lente chasse solitaire,
Ton petit oeil sombre, luisant,
Ton oeil de nuit sombre et troublé,
Sous la lente paupière, minuscule bébé tortue,
Si indomptable.
Nul ne t'a jamais entendu te plaindre.
Tu pousses ta tête en avant, doucement hors de sa guimpe,
Et te voilà en route, traînant doucement sur les quatre pointes de tes pattes,
Ramant lentement vers l'avant.
Vers quoi, petit oiseau ?
Plutôt l'air d'un bébé exerçant ses membres,
Sauf que tu fais des progrès sans âge, infinis,
Et un bébé n'en fait pas.
L'attouchement du soleil t'excite,
La longueur des siècles et le frisson persistant
Font que tu t'arrêtes et bâilles,
Ouvrant ta bouche impénétrable,
Soudain modelée ccomme un bec et très large, soudain comme des pinces ouvertes ;
Une langue rouge et tendre, des gencives dures et minces,
Et tu fermes l'ouverture de ton petit flanc de montagne, ta face, bébé tortue.
T'étonnes-tu du monde quand tu tournes doucement ta tête hors de sa guimpe
Et regardes de tes yeux noirs laconiques ?
Ou le sommeil te submerge-t-il de nouveau,
Le non-être ?
Tu es si difficile à réveiller.
Es-tu capable de t'étonner ?
Ou est-ce seulement ta volonté indomptable, l'orgueil de la vie première
Regardant à l'entour
Et peu à peu affrontant l'inertie
Qui semblait être invincible ?
Le vaste inanimé,
Et le bel éclat de ton oeil minuscule,
Provocateur.
Et même, petit oiseau-coquille,
Qu'il est immense, l'inanimé contre lequel tu dois ramer,
Quelle incalculable inertie.
Provocateur,
Petit Ulysse, précurseur,
Pas plus grand que l'ongle de mon pouce,
Buon viaggio.
Toute la création animée sur tes épaules,
Va, petit Titan, sous ta cuirasse de combattant.
L'univers inanimé
Ecrasant, prépondérant ;
Et tu te meus lentement, pionnier solitaire.
Comme ton voyage semble vif maintenant, dans le soleil trouble,
Atome ulysséen, stoïque ;
Soudain hâtif, téméraire, haut sur pattes.
Petit oiseau sans voix,
Reposant ta tête à moitié sortie de ta guimpe
Dans la lente dignité de ton repos éternel,
Solitaire, sans ressentir la solitude,
Donc six fois plus solitaire ;
Comblée par la lente passion de dresser à travers les temps immémoriaux
Ta petite maison ronde au milieu du chaos.
Par dessus le terreau du jardin,
Petit oiseau,
Par dessus le bord de toute chose.
Voyageur,
Avec ta queue repliée un peu de côté
Comme un gentleman en habit à longues basques.
Toute vie portée sur tes épaules,
Précurseur invincible.
Tu sais ce que c'est de naître seul
Bébé tortue !
Le premier jour tu dégages tes pattes peu à peu de la coquille,
Pas encore éveillée,
Et encore déchue sur terre,
Pas tout à fait vivante.
Une fève minuscule, fragile, à demi animée.
Pour ouvrir ta bouche-bec minuscule qui semble ne jamais pouvoir s'ouvrir
Comme une porte de fer ;
Pour lever la mandibule supérieure de ton bec de faucon
Et tendre ton petit cou maigre
Et prendre ta première bouchée d'herbe triste,
Seul, petit insecte,
Minuscule oeil brillant,
Lent.
Pour prendre ta première bouchée solitaire
Et poursuivre ta lente chasse solitaire,
Ton petit oeil sombre, luisant,
Ton oeil de nuit sombre et troublé,
Sous la lente paupière, minuscule bébé tortue,
Si indomptable.
Nul ne t'a jamais entendu te plaindre.
Tu pousses ta tête en avant, doucement hors de sa guimpe,
Et te voilà en route, traînant doucement sur les quatre pointes de tes pattes,
Ramant lentement vers l'avant.
Vers quoi, petit oiseau ?
Plutôt l'air d'un bébé exerçant ses membres,
Sauf que tu fais des progrès sans âge, infinis,
Et un bébé n'en fait pas.
L'attouchement du soleil t'excite,
La longueur des siècles et le frisson persistant
Font que tu t'arrêtes et bâilles,
Ouvrant ta bouche impénétrable,
Soudain modelée ccomme un bec et très large, soudain comme des pinces ouvertes ;
Une langue rouge et tendre, des gencives dures et minces,
Et tu fermes l'ouverture de ton petit flanc de montagne, ta face, bébé tortue.
T'étonnes-tu du monde quand tu tournes doucement ta tête hors de sa guimpe
Et regardes de tes yeux noirs laconiques ?
Ou le sommeil te submerge-t-il de nouveau,
Le non-être ?
Tu es si difficile à réveiller.
Es-tu capable de t'étonner ?
Ou est-ce seulement ta volonté indomptable, l'orgueil de la vie première
Regardant à l'entour
Et peu à peu affrontant l'inertie
Qui semblait être invincible ?
Le vaste inanimé,
Et le bel éclat de ton oeil minuscule,
Provocateur.
Et même, petit oiseau-coquille,
Qu'il est immense, l'inanimé contre lequel tu dois ramer,
Quelle incalculable inertie.
Provocateur,
Petit Ulysse, précurseur,
Pas plus grand que l'ongle de mon pouce,
Buon viaggio.
Toute la création animée sur tes épaules,
Va, petit Titan, sous ta cuirasse de combattant.
L'univers inanimé
Ecrasant, prépondérant ;
Et tu te meus lentement, pionnier solitaire.
Comme ton voyage semble vif maintenant, dans le soleil trouble,
Atome ulysséen, stoïque ;
Soudain hâtif, téméraire, haut sur pattes.
Petit oiseau sans voix,
Reposant ta tête à moitié sortie de ta guimpe
Dans la lente dignité de ton repos éternel,
Solitaire, sans ressentir la solitude,
Donc six fois plus solitaire ;
Comblée par la lente passion de dresser à travers les temps immémoriaux
Ta petite maison ronde au milieu du chaos.
Par dessus le terreau du jardin,
Petit oiseau,
Par dessus le bord de toute chose.
Voyageur,
Avec ta queue repliée un peu de côté
Comme un gentleman en habit à longues basques.
Toute vie portée sur tes épaules,
Précurseur invincible.
Publicité