Les roues du bonheur

Publié le par Clara


On court après le bonheur avec de drôles d'images dans la tête : un gamin en noir et blanc qui boit son bol de lait sous l'oeil de Willy Ronis, des virées familiales en vélo, le ronronnement tranquille et rassurant du frrr frrr de la dynamo et du mécanisme pneumatique. Que tout tourne rond, que le moteur de vent mouline l'air de rien nos routes de mémoire (merci Philou D.).
Le bonheur qui devrait être une large route vers l'avenir, se trouve être une expo de photos anciennes. Il devrait être de mille couleurs et il est en noir et blanc.

Le bonheur, c'est vrai, je l'ai éprouvé ce matin lorsque j'ai conduit mon fils en vélo à la crèche. Je n'étais pas en sépia pourtant, et l'air printanier que je fendais sous le cri des martinets gonflait la voile de mon coeur. Mon fils sur le siège à l'arrière disait : chuis un garçon, moi, et contente, moi. Oui oui Ange, tu es un garçon contente, je t'aime mon bout de chou, même si ces temps-ci j'ai quelque pulsion meurtrière envers toi.
Je l'imagine fonçant roulant dans quelques années sur cette même route vers ses copains, heureux d'être là, de fendre l'air qu'a fendu sa mère, heureux d'avoir un corps qui bouge et pédale. Lui vivra le bonheur à mille pour cent au présent puissance un milliard. Moi, comment vivrai-je alors le bonheur ? A travers lui ou à travers le souvenir de moi que j'aurai à travers lui ? Car oui le vélo c'est l'enfance, celle de nos enfants et la nôtre, on a tous ressenti ce bonheur de rouler en trombes en se disant : c'est donc ça la liberté !  Je veux la connaître plus grande encore, ah ben oui c'est ça, je veux grandir pour en dévorer davantage. Et hop d'un seul coup on était devenu Icariste.

Le bonheur adulte devrait être aussi simple que ces tours de vélo. Il l'est d'ailleurs, si l'on veut bien se détacher de ses nostalgies. Nous, on va repeindre notre vélo d'une couleur pimpante, de cette peinture qui brille et éblouit, on va l'enfourcher, régler les vitesses et rouler le plus vite possible vers le soleil, histoire de grandir encore, on n'en a jamais fini. C'est la roue de la vie.

La prochaine fois, je vous parlerai du bonheur enfantin de se prélasser après avoir nagé dans la mer à perdre haleine.

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(Cartier-Bresson : Simiane La Rotonde)
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Publié dans Clara

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