Pleine de creux
Journée pleine et creuse.
Aujourd'hui, j'ai croisé une fille qui pleurait, de jeunes gens qui se rendaient bruyamment à l'épreuve du bac, des petits poussins très mignons, une petite enfant toute blonde gardée par une nounou voilée, est-ce parce que ma journée était creuse que tous ces croisements furtifs m'ont paru si porteurs de sens ?
Aujourd'hui, j'ai croisé une fille qui pleurait, de jeunes gens qui se rendaient bruyamment à l'épreuve du bac, des petits poussins très mignons, une petite enfant toute blonde gardée par une nounou voilée, est-ce parce que ma journée était creuse que tous ces croisements furtifs m'ont paru si porteurs de sens ?

(Ben)
J'ai pas mal écrit, quand même, au creux de ma journée, et une sorte d'épiphanie s'est créée : j'ai mieux compris , au fil de mes mots écrits, révélés par eux-mêmes, les passions tristes expliquées par Deleuze via Spinoza. Je ne me souvenais plus du terme au prime abord, j'ai écrit passions néfastes. Le triste serait donc néfaste dans mon esprit. Oui, peut-être.
Je crois que d'une certaine manière, j'ai repris d'une façon détournée le journal que j'écrivais, enfant. Je me souviens que déjà à l'époque je progressais de cette manière : une phrase en révélait une autre, ma pensée se construisait au fil de mes mots écrits. Je me créais au fil de mon écriture, au fond.
C'est une façon d'évoluer en soi-même, mais cela bloque aussi une autre forme de création. Je sais que c'est parce que je n'écrivais plus de journal que j'ai pu écrire des romans. Je sais qu'écrire sur ce blog, écrire à des personnes chères comme dans un journal, cela m'empêche de créer d'autres personnages que moi-même.
Ecrire une histoire, cela fait progresser d'une autre manière, plus détournée mais non moins importante.
Se décentrer de soi-même est un exercice assez fabuleux, du mot fable, donc. J'aime inventer des fables, croire que je n'y raconte pas ma vie, et découvrir ensuite que jamais je n'avais autant parlé de moi, au fond.
Je ne sais pas si je suis capable de faire les deux en même temps : "journal" (blog) et roman. J'aimerais y parvenir. Cela relève du don d'ubiquité, il me semble, mais j'ai envie d'y arriver. C'est que je n'ai aucune envie de quitter cet espace de liberté, de vous quitter vous. Mais j'ai encore moins envie de brider mon imagination.
Je dois vous avouer autre chose : je ne sais pas bien quel sens a notre blog, ces temps-ci. Pour moi. Suis-je arrivée au bout de quelque chose ?

Pour finir, j'ai imaginé ce qui était arrivé à la fille qui pleurait dans la rue. Rupture, perte, déception, échec, humiliation ? Je me suis rappelée toutes les fois où j'ai pleuré moi-même hors de l'espace privé d'un appartement : en voiture, en métro, dans la rue... Il est absolument terrible de ne pouvoir réprimer son chagrin dans un lieu public. C'est soudain un abandon incontrôlé de soi-même, il n'y a plus rien à faire. Je me souviens particulièrement de cette sensation alors que je devais rentrer chez moi en voiture. J'avais envie de mourir, et pourtant j'ai tranquillement conduit mon auto, puis je l'ai garée, puis j'ai monté les escaliers, puis j'ai ouvert la porte, puis... Je me suis rendue compte que j'étais vivante.
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