Etre réel

Publié le par Clara

vankeuken01.jpgAlain Bergala (critique, essayiste...)  indique dans un long article sur la photographie de Van der Keuken : "La fascination de Van der Keuken pour les endormis tient à cette interrogation sur la réalité de la réalité. Cette fameuse réalité, dont il a le plus grand mal à s'assurer en tant que photographe, n'existe jamais autant, à ses yeux, que lorsque nous dormons, précisément parce que nous y sommes alors absents en conscience, et donc véritablement partie prenante du fait de cette inconscience même : " La vie, écrit-il, est un rêve ou un voyage, ou un voyage rêvé à travers un monde qui, bien entendu, existe tout à fait en dehors de nous. Nous dormons parce que le monde existe en dehors de nous (…)". La conscience, et surtout celle du photographe à l'affût, en état de sur-vigilance, autant dire le contraire de l'état de sommeil, serait ce qui nous éloigne le plus sûrement de la réalité du monde. Filmer un ou une endormie, c'est éprouver encore plus crucialement cet exil. "Tu es couché, bien douillettement contre l'aimée, écrit Van der Keuken, tu jouis de ce privilège, et cela, même si tu dors, tu le sais". L'état opposé à ce sommeil dans la chaleur de l'autre, c'est celui du même Van der Keuken prenant une photo de la femme aimée endormie : il ne dort plus, il n'est plus contre le corps familier, il est passé derrière la vitre où la chaleur de ce corps ne peut plus passer, où ce corps enclos sur lui-même redevient une énigme, où l'homme qui regarde à travers le viseur est redevenu étranger à ce monde dont il croyait partager l'intimité, seul et en retrait. En ce sens-là, il y a du Bergman dans les photographies de Van der Keuken, alors qu'il n'y en a pas trace dans son cinéma. Ingmar Bergman est sans conteste celui qui a le mieux filmé, comme une obsession, cette soudaine étrangeté du corps de l'autre dont on se sentait si proche il y a un instant, et que l'on se met à scruter, avec la garde et le retrait nécessaire à toute prise de regard".
 
Il continue plus loin en référence à Pessoa :
 
"Pessoa a exploré l'autre face de ce léger décollement au monde que je vois à l'oeuvre dans les photographies de Johan van der Keuken, même celles où il a l'air d'être le plus en quête de réalité du monde :
Être réel, cela veut dire n'être pas au-dedans de moi.
De ma personne intérieure je ne tiens aucune notion de réalité.
Je sais que le monde existe mais je ne sais pas si j'existe.
Je suis plus certain de l'existence de ma maison blanche que de l'existence intérieure du maître de la maison blanche." 
 
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Publié dans Clara

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B
C'est intéressant cette diffèrence : dans le dormeur tu vois la vie, la substantifique moelle de l'existence ; moi, au contraire, je me suis souvent surpris à y voir la mort, ce corps allongé, quasi immobile, abandonné au dehors, à la merci de son extériorité mais qui respire encore, et seul ce léger mouvement, ce souffle, distinguait pour moi un dormeur d'un mort.Chose étrange : l'inverse s'est produit pour cette photo d'enfant que tu nous a proposée. Je souhaitais le voir dormir paisiblement...Enfin, je ne crois pas en "la vraie réalité" (comme si il y avait, par ailleurs, une "vraie vie" à vivre). Il y  a ce qui nous constitue. Se mettre à la recherche de cela, telle est la quête, l'inaccesible étoile comme le chantait Brel, qui permet de confondre ex-sister et être., de fondre l'autre en soi, de se transformer en or sous le regard, dans le regard de l'autre. (cf l'entélechie d'Aristote).Enfin (bis) : une interrogation : peut-on ne tourner pas rond ?   
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C
Quant à moi, il est vrai que je pourrais parfois me décoller de la réalité du monde, lorsque je descends un peu trop profondément dans le puits de mes lectures-écritures-réflexions-questionnements. Lorsqu'il faut remonter, je me demande toujours où se trouve la vraie réalité : celle vers laquelle je remonte, ou bien celle où je suis descendue ?C'est très inconfortable, cela demande un vrai travail de dépressurisation.Ce qui fait que je ne sais toujours pas vraiment si j'existe, mais en plus où j'existe. Et puis on a tous eu ce fantasme enfantin, je crois, de se demander si le monde qui nous entoure n'est pas un pur produit de notre imagination ! Mais là on tourne en rond (autour de soi-même qui plus est, ce qui n'est pas très humble)...
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C
C'est vrai que ce texte est dense.Je ne sais pas trop quoi te répondre, sinon que tu as sans doute raison. Pour ma part, j'ai ressenti ce texte de façon très personnelle, car j'ai beaucoup réfléchi sur le sommeil et les rêves, et sur les moments où l'on peut s'endormir ou non (en confiance), et où s'en vont les gens qu'on aime lorsqu'ils dorment ? Que deviennent-ils alors ? Sont-ils encore dans ma réalité ou la leur ? Pourquoi ne puis-je vivre dans leur réalité ? Des questions qui rejoignent la partie vacante dont je parlais, et sans réponse bien sûr.Il est toujours émouvant de contempler un être qu'on aime dormir : pourquoi ? Parce que c'est sans partage, il "est" absolument sans nous, sans avoir besoin de nous. Il "est", et c'est tout.
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B
Peut-être n'ai-je pas appréhendé correctement ce texte dense mais quelque chose de paradoxal semble poindre.On peut poser la réalité dans le rêve, en pleine inconscience. Ainsi on se pose soi et autrui dans une inquiétante étrangeté, sous forme d'énigme a priori inaccessible. Mais a priori seulement -et le paradoxe apparaît ici- : la conscience du photographe qui "saisit" cette réalité là n'est-elle pas l'un des moyens de coller à la réalité du monde en la donnant à montrer précisément ; et  notamment en rendant à celui qui dort cet instant qu'il ne vit/voit jamais que de l'intérieur. Se regarder dormir n'est-ce pas être étranger à soi-même c'est-à-dire toucher au plus profond de l'énigme que nous sommes à nous-mêmes. Alors, en conscience, le photographe rend sa nature à la vie comme sommeil, de même que les rêves peuvent donner lieu à quelques interprétations...Je sais que le monde existe et que j'existe parce que l'autre existe dans ce monde.Etre réel cela veut dire être au-delà de moi dans ce "pouvor " de renvoyer l'autre à lui-même, à son intériorité.(Enfin, moi, je dis ça comme ça, histoire, sans doute, d'exister un peu)
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A
après les peintures les photos, tu nous gates clara, merci
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