Graphographie
L'acte d'écriture.
Il y a l'écriture comme acte de correspondance, et l'écriture comme acte créatif.
Longtemps j'ai correspondu avec moi-même, on appelait cela journal intime, c'était un peu risible et honteux, il fallait le cacher. En fait, non, pas avec moi-même. J'écrivais à une enfant morte.
Je n'aimais pas la vie de famille. Je pense qu'elle était très ordinaire, ma famille, mais j'y tenais la place du milieu dans la fratrie, un peu inconfortable. Mes parents n'aspiraient pas à grand-chose d'autre qu'avoir la paix, id est, que je ne me plaigne pas.
Je ne me plaignais pas.
J'écrivais.
Ce qui fut formidable, en écrivant à une enfant victime d'un génocide, c'était qu'effectivement je n'aurais jamais osé me plaindre. A la place, je regardais le monde autour de moi, j'y participais, j'enrôlais les enfants du quartier pour construire des cabanes avec des planches trouvées, des clous volés, je grimpais à des arbres que je nommais, j'avais un animisme très prononcé. Il me semblait que tout avait une âme, jusqu'à cette sauterelle sur le volet de ma chambre, que j'appelais Végétine.
Je ne cessais de me féliciter de ne pas vivre confinée, cachée dans une annexe. Et tout m'émerveillait.
Et pourtant moi aussi je vivais cachée, d'une certaine façon. Je n'ai jamais connu de plus grande colère que lorsque mon grand frère ou ma grande soeur débusquaient mes carnets et les lisaient pour se moquer de moi. Je détestais ce défaut d'intimité, forcé, lié au foyer.
J'avais construit un univers parallèle qui n'était qu'à moi. J'y déformais allègrement la réalité. Je m'amusais à raconter chaque événement comme si je l'avais vécu dans une famille modèle, comme si moi-même j'étais modèle, comme à la télévision ou dans la plupart des romans jeunesse d'alors. Avec un humour dont j'ignore la provenance, j'inventais ma vie et fabriquais mes souvenirs.
Je cessai d'écrire à l'âge où Anne Franck avait perdu la vie.
Je ne pouvais plus inventer, je n'avais plus d'argument.
Raconter la vraie vie me paraissait insupportable. Ecrire, c'est parfois comme tuer quelqu'un.
Alors je décidai de vivre, tout simplement.
Ce ne fut pas aisé.
J'y parvins quelques années.
Le lendemain de la dernière épreuve du bac - scientifique- , je me souviens, j'étais tellement libérée que j'ai saisi un stylo.
Il s'est passé quelque chose qui a saisi mon corps.
Cela a duré une semaine. Je crois que dans ces cas-là je peux oublier de manger.
Le résultat : une pièce de théâtre intitulée Le chant du bouc. Tragos eodos, en grec, certains disent que c'est de là que vient le mot tragédie. Cela se passait en Amourine, anagramme de Roumanie, et relatait peu ou prou la chute de Ceausescu vue par une gamine de dix-sept ans - mon âge d'alors. Elle était amoureuse d'un étrange personnage qui ne se séparait pas d'un bouc tenu en laisse. Le bouc ressentait chaque émotion à la place de son maître, qui lui ne ressentait rien.
Un lyrisme débridé, une lourdeur, un style un peu fat, cette pièce était une honte absolue. Mais j'étais stupéfaite qu'elle fut ainsi sortie de moi, comme ça, d'un trait.
Après quelques contes et quelques nouvelles, ce fut mon premier véritable acte créatif d'écriture.
Puis à nouveau, plus rien.
C'était ma faute : je me suis lancée dans des études d'informatique. J'étais assez fascinée par le langage algorithmique, d'une logique incontournable, par le langage binaire, d'une logique binaire. Fascinée par ces petits génies de l'info qui maniaient le tout avec une aisance aussi grande que s'ils écrivaient. Normal, on leur avait offert leur première bécane en même temps qu'à moi mon premier carnet d'écriture. Eux aussi évoluaient dans un monde parallèle. Ils étaient aussi inadaptés que moi à la réalité. Fascinant, je vous dis.
Alors voilà, j'ai écrit, à défaut d'historiettes, des programmes informatiques qui par exemple devaient calculer le plus de décimales possibles du nombre d'or (Le nombre d'or est la solution positive de l'équation : x2-x-1=0 , c'est-à dire le nombre 1+racine carrée de 5 divisé par 2. Bon, qu'on ne parle pas que de littérature, sur ce blog ). Je laissais l'ordi allumé vrombissant toute une nuit pour un résultat d'une ou deux pages de décimales. Le plus fort de la promo faisait tourner son programme seulement une heure pour dix pages de résultats. On parlait d'un étudiant qui avait tapissé tout un pan de mur de sa chambre avec les résultats de son programme : des milliers et des milliers de décimales du nombre d'or. Fascinant, je vous dis.
Pendant qu'eux peaufinaient leur langage informatique, moi je lisais. Jamais je n'avais été plus heureuse que dans les 9 mètres carré de ma chambre de cité U. Enfin seule, je lisais.
Quand j'ai eu fini d'être fascinée, j'ai orienté ma vie très loin des écrans d'ordi.
Puis j'ai écrit mon premier roman, d'une façon beaucoup plus consciente et travaillée, et plus laborieuse que ma pièce de théâtre, quelques années auparavant. J'ai senti en écrivant, en structurant mes chapitres, en déplaçant des paragraphes, que la rigueur mathématique ou algorithmique ne m'était pas sans utilité. Le résultat fut encore une fois très mauvais, mais j'en étais arrivée à bout. Au prix de quel effort ! Ca se tenait, il y avait quelques personnages intéressants, une intrigue, et j'y racontais ce qui m'était arrivé de plus important : une histoire d'amour bien entendu. Il paraît que dans son premier roman, on parle forcément de soi. Ce fut le cas, et c'était sans doute la raison pour laquelle c'était si mauvais.
Par la suite, j'eus envie d'écrire à nouveau un roman, mais je ne m'en sentais pas l'orgueil nécessaire. Voilà, je reparle d'orgueil. Comment, moi, écrire un roman ? Qu'avais-je d'intéressant à raconter ? Ou si je tenais quelque chose d'intéressant, comment le développer de façon intéressante ?
Je ne pouvais pourtant pas me passer de l'écriture. Une urgence, un besoin de sortir de moi, ou alors plutôt d'y entrer, un besoin de va-et-vient, une peur peut-être. Comme quelque chose de sauvage et d'incontrôlable, de violent, un peu. Aussi parce que je croyais que je ne savais pas parler. Ecrire m'était plus naturel, on pouvait utiliser davantage de mots pour exprimer la complexité du monde.
Ecrire pour la jeunesse m'a libérée. Je me suis mise à écrire sur le même ton que j'écrivais enfant. J'écrivais à nouveau à une enfant morte, mais cette fois-ci il s'agissait de moi, et c'était plutôt l'enfance qui était morte, non pas l'enfant en moi. Jamais je ne me suis dit : je vais écrire pour tel type d'enfant, dans tel but. Non, je me raconte des histoires, à l'enfant que j'étais ou que je suis encore, et c'est moi-même, adulte-enfant, qui les écrit. C'est peut-être ce que j'ai fait durant toute mon enfance.
La grande surprise, ce fut de découvrir, il y a peu de temps, qu'écrire pour les adultes, ce n'était pas autre chose. Je ne vais pas vous raconter une histoire, à vous précisément, je ne vais pas vraiment parler de moi. Non, il s'agit de moi qui écris, mais habitée par un personnage qui prend le clavier en même temps que moi, c'est un autre moi que je ne connaissais pas, c'est un moi en empathie avec cet humain que j'aurais pu être dans sa situation. Ce moi écrit non dans l'intention de démontrer au monde ceci ou cela, ce moi écrit parce que l'histoire s'impose, cela peut partir d'une seule idée, une impression, un film ou un tableau, une émotion, le personnage naît, je sais qu'à un moment donné de l'histoire j'aurai envie qu'il ressente cette même émotion, ou que se passe cette scène, si brève soit-elle, et toute l'histoire se construit autour de cela, de ce seul moment, cette lumière émotive. Pour enfants, ou pour adultes, le mécanisme de ma création procède de cette façon.
C'est avec cet épicentre, infime, court, mais primordial, que se tisse toute une périphérie imprévue. Une fois l'histoire terminée, je suis toujours étonnée de découvrir que c'est finalement dans cet imprévu total que j'ai exprimé les idées les plus importantes. C'est aussi quand je croyais être le plus loin de mon propre moi, que j'en ai dit le plus sur moi. En somme, je dois me laisser porter, guidée simplement par cette petite flamme à l'origine du début de mon livre.
Bien sûr, je fais maintenant, presque inconsciemment, appel à mon sens cartésien pour que l'histoire se tienne, soit cohérente et structurée. C'était difficile au début, laborieux parce que je devais sans cesse y faire appel.
Si je pouvais lier le plus naturellement possible mon esprit, mon coeur et même mon corps, le tout avec le moins d'effort possible, le livre serait très bon, il me semble.
Et puis il y a le doute. Le doute c'est ce qui empêche de commencer un livre. Pour moi c'est le doute de la solitude. Pour écrire je dois être seule, très seule, ce n'est pas humain. C'est paradoxalement ce même doute qui me fait commencer. J'écris parce qu'à un moment donné je crois bien que je suis seule, au fond. Après, il y a la difficulté, mais cela ne me freine plus, parce que désormais je sais si une histoire doit être menée, je sais si elle existe, existera, dès les premières lignes. C'est lorsqu'il y a une véritable voix en moi, et aussi un désespoir, en quelque sorte, mais sans tristesse. Dans ces cas-là le livre vit déjà, il réclame d'être terminé, et plus rien d'autre n'existe, alors, c'est comme lorsque mon corps avait été saisi la première fois, je ne suis plus là.
Il y a l'écriture comme acte de correspondance, et l'écriture comme acte créatif.
Longtemps j'ai correspondu avec moi-même, on appelait cela journal intime, c'était un peu risible et honteux, il fallait le cacher. En fait, non, pas avec moi-même. J'écrivais à une enfant morte.
Je n'aimais pas la vie de famille. Je pense qu'elle était très ordinaire, ma famille, mais j'y tenais la place du milieu dans la fratrie, un peu inconfortable. Mes parents n'aspiraient pas à grand-chose d'autre qu'avoir la paix, id est, que je ne me plaigne pas.
Je ne me plaignais pas.
J'écrivais.
Ce qui fut formidable, en écrivant à une enfant victime d'un génocide, c'était qu'effectivement je n'aurais jamais osé me plaindre. A la place, je regardais le monde autour de moi, j'y participais, j'enrôlais les enfants du quartier pour construire des cabanes avec des planches trouvées, des clous volés, je grimpais à des arbres que je nommais, j'avais un animisme très prononcé. Il me semblait que tout avait une âme, jusqu'à cette sauterelle sur le volet de ma chambre, que j'appelais Végétine.
Je ne cessais de me féliciter de ne pas vivre confinée, cachée dans une annexe. Et tout m'émerveillait.
Et pourtant moi aussi je vivais cachée, d'une certaine façon. Je n'ai jamais connu de plus grande colère que lorsque mon grand frère ou ma grande soeur débusquaient mes carnets et les lisaient pour se moquer de moi. Je détestais ce défaut d'intimité, forcé, lié au foyer.
J'avais construit un univers parallèle qui n'était qu'à moi. J'y déformais allègrement la réalité. Je m'amusais à raconter chaque événement comme si je l'avais vécu dans une famille modèle, comme si moi-même j'étais modèle, comme à la télévision ou dans la plupart des romans jeunesse d'alors. Avec un humour dont j'ignore la provenance, j'inventais ma vie et fabriquais mes souvenirs.
Je cessai d'écrire à l'âge où Anne Franck avait perdu la vie.
Je ne pouvais plus inventer, je n'avais plus d'argument.
Raconter la vraie vie me paraissait insupportable. Ecrire, c'est parfois comme tuer quelqu'un.
Alors je décidai de vivre, tout simplement.
Ce ne fut pas aisé.
J'y parvins quelques années.
Le lendemain de la dernière épreuve du bac - scientifique- , je me souviens, j'étais tellement libérée que j'ai saisi un stylo.
Il s'est passé quelque chose qui a saisi mon corps.
Cela a duré une semaine. Je crois que dans ces cas-là je peux oublier de manger.
Le résultat : une pièce de théâtre intitulée Le chant du bouc. Tragos eodos, en grec, certains disent que c'est de là que vient le mot tragédie. Cela se passait en Amourine, anagramme de Roumanie, et relatait peu ou prou la chute de Ceausescu vue par une gamine de dix-sept ans - mon âge d'alors. Elle était amoureuse d'un étrange personnage qui ne se séparait pas d'un bouc tenu en laisse. Le bouc ressentait chaque émotion à la place de son maître, qui lui ne ressentait rien.
Un lyrisme débridé, une lourdeur, un style un peu fat, cette pièce était une honte absolue. Mais j'étais stupéfaite qu'elle fut ainsi sortie de moi, comme ça, d'un trait.
Après quelques contes et quelques nouvelles, ce fut mon premier véritable acte créatif d'écriture.
Puis à nouveau, plus rien.
C'était ma faute : je me suis lancée dans des études d'informatique. J'étais assez fascinée par le langage algorithmique, d'une logique incontournable, par le langage binaire, d'une logique binaire. Fascinée par ces petits génies de l'info qui maniaient le tout avec une aisance aussi grande que s'ils écrivaient. Normal, on leur avait offert leur première bécane en même temps qu'à moi mon premier carnet d'écriture. Eux aussi évoluaient dans un monde parallèle. Ils étaient aussi inadaptés que moi à la réalité. Fascinant, je vous dis.
Alors voilà, j'ai écrit, à défaut d'historiettes, des programmes informatiques qui par exemple devaient calculer le plus de décimales possibles du nombre d'or (Le nombre d'or est la solution positive de l'équation : x2-x-1=0 , c'est-à dire le nombre 1+racine carrée de 5 divisé par 2. Bon, qu'on ne parle pas que de littérature, sur ce blog ). Je laissais l'ordi allumé vrombissant toute une nuit pour un résultat d'une ou deux pages de décimales. Le plus fort de la promo faisait tourner son programme seulement une heure pour dix pages de résultats. On parlait d'un étudiant qui avait tapissé tout un pan de mur de sa chambre avec les résultats de son programme : des milliers et des milliers de décimales du nombre d'or. Fascinant, je vous dis.
Pendant qu'eux peaufinaient leur langage informatique, moi je lisais. Jamais je n'avais été plus heureuse que dans les 9 mètres carré de ma chambre de cité U. Enfin seule, je lisais.
Quand j'ai eu fini d'être fascinée, j'ai orienté ma vie très loin des écrans d'ordi.
Puis j'ai écrit mon premier roman, d'une façon beaucoup plus consciente et travaillée, et plus laborieuse que ma pièce de théâtre, quelques années auparavant. J'ai senti en écrivant, en structurant mes chapitres, en déplaçant des paragraphes, que la rigueur mathématique ou algorithmique ne m'était pas sans utilité. Le résultat fut encore une fois très mauvais, mais j'en étais arrivée à bout. Au prix de quel effort ! Ca se tenait, il y avait quelques personnages intéressants, une intrigue, et j'y racontais ce qui m'était arrivé de plus important : une histoire d'amour bien entendu. Il paraît que dans son premier roman, on parle forcément de soi. Ce fut le cas, et c'était sans doute la raison pour laquelle c'était si mauvais.
Par la suite, j'eus envie d'écrire à nouveau un roman, mais je ne m'en sentais pas l'orgueil nécessaire. Voilà, je reparle d'orgueil. Comment, moi, écrire un roman ? Qu'avais-je d'intéressant à raconter ? Ou si je tenais quelque chose d'intéressant, comment le développer de façon intéressante ?
Je ne pouvais pourtant pas me passer de l'écriture. Une urgence, un besoin de sortir de moi, ou alors plutôt d'y entrer, un besoin de va-et-vient, une peur peut-être. Comme quelque chose de sauvage et d'incontrôlable, de violent, un peu. Aussi parce que je croyais que je ne savais pas parler. Ecrire m'était plus naturel, on pouvait utiliser davantage de mots pour exprimer la complexité du monde.
Ecrire pour la jeunesse m'a libérée. Je me suis mise à écrire sur le même ton que j'écrivais enfant. J'écrivais à nouveau à une enfant morte, mais cette fois-ci il s'agissait de moi, et c'était plutôt l'enfance qui était morte, non pas l'enfant en moi. Jamais je ne me suis dit : je vais écrire pour tel type d'enfant, dans tel but. Non, je me raconte des histoires, à l'enfant que j'étais ou que je suis encore, et c'est moi-même, adulte-enfant, qui les écrit. C'est peut-être ce que j'ai fait durant toute mon enfance.
La grande surprise, ce fut de découvrir, il y a peu de temps, qu'écrire pour les adultes, ce n'était pas autre chose. Je ne vais pas vous raconter une histoire, à vous précisément, je ne vais pas vraiment parler de moi. Non, il s'agit de moi qui écris, mais habitée par un personnage qui prend le clavier en même temps que moi, c'est un autre moi que je ne connaissais pas, c'est un moi en empathie avec cet humain que j'aurais pu être dans sa situation. Ce moi écrit non dans l'intention de démontrer au monde ceci ou cela, ce moi écrit parce que l'histoire s'impose, cela peut partir d'une seule idée, une impression, un film ou un tableau, une émotion, le personnage naît, je sais qu'à un moment donné de l'histoire j'aurai envie qu'il ressente cette même émotion, ou que se passe cette scène, si brève soit-elle, et toute l'histoire se construit autour de cela, de ce seul moment, cette lumière émotive. Pour enfants, ou pour adultes, le mécanisme de ma création procède de cette façon.
C'est avec cet épicentre, infime, court, mais primordial, que se tisse toute une périphérie imprévue. Une fois l'histoire terminée, je suis toujours étonnée de découvrir que c'est finalement dans cet imprévu total que j'ai exprimé les idées les plus importantes. C'est aussi quand je croyais être le plus loin de mon propre moi, que j'en ai dit le plus sur moi. En somme, je dois me laisser porter, guidée simplement par cette petite flamme à l'origine du début de mon livre.
Bien sûr, je fais maintenant, presque inconsciemment, appel à mon sens cartésien pour que l'histoire se tienne, soit cohérente et structurée. C'était difficile au début, laborieux parce que je devais sans cesse y faire appel.
Si je pouvais lier le plus naturellement possible mon esprit, mon coeur et même mon corps, le tout avec le moins d'effort possible, le livre serait très bon, il me semble.
Et puis il y a le doute. Le doute c'est ce qui empêche de commencer un livre. Pour moi c'est le doute de la solitude. Pour écrire je dois être seule, très seule, ce n'est pas humain. C'est paradoxalement ce même doute qui me fait commencer. J'écris parce qu'à un moment donné je crois bien que je suis seule, au fond. Après, il y a la difficulté, mais cela ne me freine plus, parce que désormais je sais si une histoire doit être menée, je sais si elle existe, existera, dès les premières lignes. C'est lorsqu'il y a une véritable voix en moi, et aussi un désespoir, en quelque sorte, mais sans tristesse. Dans ces cas-là le livre vit déjà, il réclame d'être terminé, et plus rien d'autre n'existe, alors, c'est comme lorsque mon corps avait été saisi la première fois, je ne suis plus là.
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