Pendant ce temps...
Alors qu'avec lenteur se déroulent les histoires naturelles d'octobre, alors que les premiers froids incitent à allumer fours et radiateurs, à attiser raviver les foyers ombrés, alors qu'on pense chapeaux, polaires élégantes rougeoyantes comme en capelines, et talons pour se rapprocher gracieusement du ciel, alors qu'on se réchauffe de cafés et d'amitié, alors qu'on rêve à des couettes moelleuses et feutrées, qu'on visite cathédrales écrasantes aux orgues puissants et musées silencieux aux toiles fauves, alors qu'octobre s'étire au soleil, certaines nuits appartiennent à un autre monde.Hommage à DJ Doctor Batonga, roi des nuits barcelonaises, et DJ Bobzilla, homologue marseillais.
Hommage aux nuits improbables, où les chanteurs se produisent sous des passerelles d'autoroute avec autant de dignité que dans une grande salle parisienne, où les pastis ne coûtent qu'un euro, peuchère, où les meilleures rencontres se font à la sortie des toilettes des filles (ou bien sur les dance floors, mais c'est une histoire que nous n'allons pas ici conter), où les avions du Maroc se déposent à minuit, où les marocains parlent palmes et université, où tout arrive lorsqu'on quitte son gros pull gris bien chaud, où les grands écrans se télétransportent soixante ans dans le passé, où l'on s'attend à voir, sur de la techno, Clooney danser, mais c'est la fée clochette qui embrase la soirée.
C'est une histoire de mouvements de foule, où les garçons sont beaux. On le sait désormais : les jolis garçons sortent au moment de l'hibernation des oursons. Ce soir-là, chacun a d'autres gestes qu'à l'ordinaire. Personne ne sent le froid, puis on a chaud à l'intérieur. Après déambulations, rencontres, les déplacements étranges, croisements, sauts, on parle, on se saisit, on se touche, on joue, on achète des bonbons, après cela, on danse.
C'est une histoire de corps en transe et de lumières stroboscopiques. Certains corps et visages orgastiques. D'autres aux larges sourires, membres débridés, s'amusent pour de bon, retour de l'enfance heureuse de posséder un corps qui bouge. Etrangeté de la situation, on se touche se frôle, chacun son rythme, on scande tous les temps ou un sur trois au choix, plusieurs coeurs qui battent mais battent proches, on part ailleurs en soi ou on observe les autres, inconnus, on s'étonne de leur rythme, on se surprend à penser : que fait-on tous là ensemble ? Pénombre colorée, musique étrange puissante, vagues humaines, solitaires ou solidaires. Les rêves de raves c'est être seul ensemble, c'est une chaleur sans partage, sauf si. C'est oublier les codes, se lâcher s'amuser sans bénéfice culturel, rien que rire après de ce qui sera arrivé. C'est d'une autre façon être au plus près de l'humanité, une autre, celle des sens et regards brûlants, d'un autre langage autres lois.
C'est, une fois dans l'année, la fiesta des humains, rien qu'une fois.
Sauf si.
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