En janvier
En ce début d'année, chacun semble très occupé. C'est étrange, janvier, c'est encore moins drôle que septembre. C'est une continuité, une reprise sans exaltation, mais avec le pli pris, une habitude, il faut le faire et on sait mieux le faire, alors on le fait. De toute façon, le temps est gris et les journées toujours courtes.Il n'y a que moi pour voir se profiler une vraie rentrée en janvier, et même, c'est pas pareil, les enfants vont me sembler moins neufs, d'ailleurs je sais qu'ils auront le même cartable qu'il y a cinq mois, et qu'ils ne se vêtiront pas de façon spéciale. Tant mieux. Comme ça, je serai seule à être toute neuve, et je compte bien mettre une belle robe pour l'occasion. Avec des collants roses. Et une fleur rose piquée sur la poitrine. Peut-être même du rose sur les lèvres. Histoire de saupoudrer un peu de septembre en janvier.
J'ai du soleil dans la tête, parce que je sais que je vais faire ma rentrée presque comme si je vivais en Nouvelle-Calédonie. En ce moment-même, figurez-vous qu'ils sont en grandes vacances. Suffit de s'y transposer. C'est pas difficile, fermez les yeux, écoutez les vagues s'échouer sur la rive, le vent faire bruisser les feuilles de palmier, les cris joyeux des enfants qui pataugent. On y est.
Palmier, ça me fait penser à Faulkner, quelqu'un m'en a parlé il y a quelques jours. Voilà ce qui manque en janvier : un bon vieux déluge magnifique, des trombes d'eau et des tourbillons sur les eaux calmes d'un début d'année languissant. Des mots en forme de vagues, de précipices et de ruptures. Des histoires qui se regardent sans se toucher, un forçat et un couple maudit, tous trois à la liberté empêtrée, voici ce que l'on veut connaître en janvier, des soleils splendides dans les coeurs et les âmes sombres, des rêves dans les rêves, des mots qui coulent et des miroirs brisés. Des histoires qui ne se terminent jamais, des phrases sans fin, et des destins inassouvis. Ca ne veut rien dire destins inassouvis, mais ça sonne drôlement bien. Des jeux d'amour comme d'enfance, avec la même joie sans mélange, des désirs sans amertume, des horizons sans fin, des lignes sans points, sans début ni fin, des rires qui cascadent dans les poitrines, des lueurs dans la gorge, des tourbillons dans l'estomac, et des fourmis dans les jambes. Voici ce que l'on veut en janvier.
Des romans finis pas finis, des exaltations semblables à des lévitations, des projets tout plein, des joies inconscientes, des consciences de joie, des cieux tourmentés troués de soleil, des énumérations, des listes de sentiments, de mots creux juste pour rire, des peintures signifiantes, des regards profonds, des ombres splendides, des mondes dans les mondes, qui regardent des mondes, piqués d'oeillets, de lys ou de roses, on compte les pétales tête penchée et sourire en forme de lune, on s'aime un peu beaucoup passionnément comme au printemps. Voici ce que l'on veut en janvier.
Des ailleurs tout le temps et partout, des strates sous les eaux plates, des sauts dans le temps et l'espace, des fenêtres ouvertes et des bleus purs malgré le froid, des couettes douillettes sur les rires, des courses dans les rues, des bonds dans les coeurs, des messages impromptus, des éclosions émouvantes, des mouvances enneigées, des traces étincelantes, des empreintes que l'on suit, des amours sûrs et lovés, là.
Voici ce que l'on veut en janvier.
Et sans plus tarder !
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