Mezza voce
Eh bien je me demandais un peu si enfin quelqu'un allait réagir à ce silence dans les commentaires, c'était bizarre, non, ces articles qui se suivaient sans un bruit, mais on savait que tous les lisaient, quand même, du coup c'était comme une très longue séance de diapos, un peu dans le noir, où chacun appréciait sans en penser moins. Une expérience inédite sur ce blog. Les hommes du blog se sont réveillés, ils ont enfin levé le nez de leurs gamelles, et nous racontent leur journée pleine à la Montaigne, ou les phrases des collègues extra-terrestres, merci.
Que je vous raconte un peu, moi. Alors d'abord dans ma classe y'a une gamine qui porte le prénom d'une blogueuse d'ici, si si ! Mais je l'ai pas encore vue, absente depuis lundi, elle a peur de moi peut-être, du coup comme j'ai jamais vu la blogueuse non plus, et que j'ai jamais connu aucune fille portant ce prénom-là, je m'en fais un mystère insondable et profond. Peut-être qu'elles n'existent pas vraiment, ces filles-là, on voit leur prénom comme ça de temps à autres mais en fait elles s'envolent quand on est prêt de les voir. Oui, peut-être bien.
Alors attendez, avant de continuer, je cherche une définition, scuzez. Ah ! Médianoche = repas gras qui se prend après minuit sonné, à la suite d'un jour maigre. Le repas du réveillon de Noël est un médianoche. Ah, bien. Joli mot, ça sonne comme mioche, ou poche ou mezza voce.
Je reprends. Ah, attendez, je suis en train de penser qu'il faut que je prévoie une séance de travaux manuels demain, histoire de décorer cette classe, elle est chouette vous verriez ça, grande avec deux baies vitrées, devant et derrière, même que derrière ça donne sur un petit jardinet, où y'a des mimosas. Et puis quand on sort de la classe, on est tout de suite dehors, pas dans un couloir, ça c'est un fantasme de gamine, j'en rêvais comme de la maison de Riri, Fifi et Loulou. Alors trois secondes, hein, recherche Internet, genre guirlandes, y'a pas de raison y'en a bien qui font des médianoches en février, et même pas à minuit.
... Pas trouvé ou pas le matériel requis, alors j'ai décidé qu'ils allaient faire leurs portraits à la peinture. Ca décorera bien, ça.
C'est ça être maîtresse d'école, c'est d'abord habiter une classe, et puis se dire qu'on aura ces minots-là, rien que ceux-là, toute la journée, 4 jours et demie par semaine. C'est beaucoup, n'est-ce pas ? Du coup, faut créer une vie comme la vie, une classe comme une maison où on travaille. Il ne faut pas encore leur parler de Montaigne, mais pas besoin, ils travaillent ou on doit les faire travailler comme s'ils ne travaillaient pas, seulement leur donner les outils pour accéder aux connaissances qu'ils choisiront. Pour qu'ils puissent lire Ponti, d'abord, puis D'ici et d'ailleurs quand ils seront grands.
Mais foin de pédagogie.
Aujourd'hui le petit Samuel m'a offert une fleur mauve, Anna a perdu une dent et Mélodie m'a fait un dessin où elle a écrit : maîtresse je t'aime. Oui, comme ça, sans faute, ils sont trop forts ces petits. Une autre m'a répété à la fin de la journée : maîtresse, je t'aime, avec des yeux grands comme l'océan. Les troncs des platanes ont beaucoup vécu. On a tourné autour mille fois, on s'y est adossé pour rêver ou pleurer, bras croisés parce que Lyham ne voulait pas jouer avec Sébastien, on y a posé une feuille pour écrire les prénoms des garçons, ou le plan de la cour. Boucle d'Or a virevolté dans la cour avec son manteau au chaperon rouge, des filles de CM2 ont joué à l'élastique au lieu de danser comme à la Star Ac, les garçons n'ont pas tous joué au foot, loin de là, il y en a même un qui confectionnait rêveusement un pompon avec de la laine bleue, en arpentant la cour lentement, un de 10 ans, qui est venu me dire, ne cessant pas d'enrouler ses fils doux : je savais pas que ça rendait aussi calme, les pompons...
Du coup j'ose même pas me plaindre que j'ai pas vraiment le temps d'écrire, parce qu'en plus c'est pas vrai, je pense que j'aurai le temps d'écrire.Que je vous raconte un peu, moi. Alors d'abord dans ma classe y'a une gamine qui porte le prénom d'une blogueuse d'ici, si si ! Mais je l'ai pas encore vue, absente depuis lundi, elle a peur de moi peut-être, du coup comme j'ai jamais vu la blogueuse non plus, et que j'ai jamais connu aucune fille portant ce prénom-là, je m'en fais un mystère insondable et profond. Peut-être qu'elles n'existent pas vraiment, ces filles-là, on voit leur prénom comme ça de temps à autres mais en fait elles s'envolent quand on est prêt de les voir. Oui, peut-être bien.
Alors attendez, avant de continuer, je cherche une définition, scuzez. Ah ! Médianoche = repas gras qui se prend après minuit sonné, à la suite d'un jour maigre. Le repas du réveillon de Noël est un médianoche. Ah, bien. Joli mot, ça sonne comme mioche, ou poche ou mezza voce.
Je reprends. Ah, attendez, je suis en train de penser qu'il faut que je prévoie une séance de travaux manuels demain, histoire de décorer cette classe, elle est chouette vous verriez ça, grande avec deux baies vitrées, devant et derrière, même que derrière ça donne sur un petit jardinet, où y'a des mimosas. Et puis quand on sort de la classe, on est tout de suite dehors, pas dans un couloir, ça c'est un fantasme de gamine, j'en rêvais comme de la maison de Riri, Fifi et Loulou. Alors trois secondes, hein, recherche Internet, genre guirlandes, y'a pas de raison y'en a bien qui font des médianoches en février, et même pas à minuit.
... Pas trouvé ou pas le matériel requis, alors j'ai décidé qu'ils allaient faire leurs portraits à la peinture. Ca décorera bien, ça.
C'est ça être maîtresse d'école, c'est d'abord habiter une classe, et puis se dire qu'on aura ces minots-là, rien que ceux-là, toute la journée, 4 jours et demie par semaine. C'est beaucoup, n'est-ce pas ? Du coup, faut créer une vie comme la vie, une classe comme une maison où on travaille. Il ne faut pas encore leur parler de Montaigne, mais pas besoin, ils travaillent ou on doit les faire travailler comme s'ils ne travaillaient pas, seulement leur donner les outils pour accéder aux connaissances qu'ils choisiront. Pour qu'ils puissent lire Ponti, d'abord, puis D'ici et d'ailleurs quand ils seront grands.
Mais foin de pédagogie.
Aujourd'hui le petit Samuel m'a offert une fleur mauve, Anna a perdu une dent et Mélodie m'a fait un dessin où elle a écrit : maîtresse je t'aime. Oui, comme ça, sans faute, ils sont trop forts ces petits. Une autre m'a répété à la fin de la journée : maîtresse, je t'aime, avec des yeux grands comme l'océan. Les troncs des platanes ont beaucoup vécu. On a tourné autour mille fois, on s'y est adossé pour rêver ou pleurer, bras croisés parce que Lyham ne voulait pas jouer avec Sébastien, on y a posé une feuille pour écrire les prénoms des garçons, ou le plan de la cour. Boucle d'Or a virevolté dans la cour avec son manteau au chaperon rouge, des filles de CM2 ont joué à l'élastique au lieu de danser comme à la Star Ac, les garçons n'ont pas tous joué au foot, loin de là, il y en a même un qui confectionnait rêveusement un pompon avec de la laine bleue, en arpentant la cour lentement, un de 10 ans, qui est venu me dire, ne cessant pas d'enrouler ses fils doux : je savais pas que ça rendait aussi calme, les pompons...
Peut-être même que je pourrai bloguer un peu.... Je pense que je pourrai aussi, oui. Enfin si vous continuez à être là, vous aussi, mais je vois que oui, ouf.
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