Justesse
Je lis Rêve d'amour, de Laurence Tardieu. Au début méfiante (bêtement parce qu'elle a le même âge que moi !), peu à peu j'ai été happée par des phrases-bijoux, puis par le sens de ces phrases, étonnamment justes. Ou plutôt, étonnamment proches de moi. C'est à cela qu'on reconnaît un véritable écrivain : lorsqu'on se reconnaît dans ses mots. Mais de ces phrases-là, vraiment, je ne changerais pas une virgule.
Demain soir, je vais la voir.
Oui, Laurence Tardieu vient parler de son livre, juste à côté de chez moi. J'irai l'écouter, mais jamais je n'oserais lui dire combien je la sens.... sororelle. Non, je me ferai toute petite. J'oserai lui parler, peut-être, le jour où j'aurais écrit un livre aussi juste que le sien.
Mais lisez plutôt :
" Le désir d'un livre ressemble au désir d'un homme, les mêmes vagues au fond de soi, le même mouvement qui n'en finit pas, allant et venant sans cesse, ample, secret, obsédant, épuisant, magnifique"
"Ecrire, ce n'est pas raconter quelque chose qu'on connaît ; écrire, c'est aller à la recherche de ce qu'on ne sait pas. Ne pas être certain d'arriver quelque part, mais avancer, la peur au ventre, le désir au ventre, avancer et s'émerveiller du chemin. Je n'ai pas d'enfants, mais une part de moi est restée dans l'enfance. Oubliée, égarée. Cette part-là n'en finit pas de tourner en moi, comme si elle était prise au piège de quelque chose. Cette part-là n'en finit pas de buter, de se cogner. Elle cherche une issue. Une issue pour aller où ?"
"Ecrire, est-ce aimer ? Ecrire, est-ce chercher à être aimé ? Y a-t-il une écriture possible sans amour ? Y a-t-il un amour possible sans mots, sans verbe, sans langage ?
Dire, l'amour. Ecrire, l'amour. L'écriture provient d'un désir, qui vient de très loin et s'éprouve au présent. Le désir crée l'écriture. Amour, écriture : le même abandon. Un mouvement de va-et-vient, un roulis, qui ne finit jamais et donne corps aux rêves, les entraînant toujours plus loin. Qu'y a-t-il tout là-bas, là où l'amour se détache du temps, du réel, du cadre ? Là où l'écriture devient vivante ? Trouverai-je quelque chose ?"
"... Peut-être devrais-je renoncer au sommeil et me mettre à écrire, est-ce toujours le manque qui dicte l'écriture, saurai-je un jour écrire un livre, l'amour comble-t-il tous les manques... Vivre, est-ce être dans le manque, suis-je en train de penser ou de m'endormir, ma tête ressemble à un grand désordre traversé par des questions, les autres ont-ils des réponses, les autres savent-ils mieux que moi..."
"Juste avant le sommeil, parfois, j'ai la sensation d'une chute vertigineuse. Le corps tombe, lentement, le corps tombe et j'aime me sentir tomber, c'est effrayant et merveilleux, peut-être un jour la chute ne finira-t-elle pas, je mourrai ainsi, en tombant, et peut-être sera-t-il une belle mort, ce mouvement qui n'en finit pas."

(Et une peinture de Munch qui prouve qu'il pouvait avoir des pensées pas si tristes que ça)
Demain soir, je vais la voir.
Oui, Laurence Tardieu vient parler de son livre, juste à côté de chez moi. J'irai l'écouter, mais jamais je n'oserais lui dire combien je la sens.... sororelle. Non, je me ferai toute petite. J'oserai lui parler, peut-être, le jour où j'aurais écrit un livre aussi juste que le sien.
Mais lisez plutôt :
" Le désir d'un livre ressemble au désir d'un homme, les mêmes vagues au fond de soi, le même mouvement qui n'en finit pas, allant et venant sans cesse, ample, secret, obsédant, épuisant, magnifique"
"Ecrire, ce n'est pas raconter quelque chose qu'on connaît ; écrire, c'est aller à la recherche de ce qu'on ne sait pas. Ne pas être certain d'arriver quelque part, mais avancer, la peur au ventre, le désir au ventre, avancer et s'émerveiller du chemin. Je n'ai pas d'enfants, mais une part de moi est restée dans l'enfance. Oubliée, égarée. Cette part-là n'en finit pas de tourner en moi, comme si elle était prise au piège de quelque chose. Cette part-là n'en finit pas de buter, de se cogner. Elle cherche une issue. Une issue pour aller où ?"
"Ecrire, est-ce aimer ? Ecrire, est-ce chercher à être aimé ? Y a-t-il une écriture possible sans amour ? Y a-t-il un amour possible sans mots, sans verbe, sans langage ?
Dire, l'amour. Ecrire, l'amour. L'écriture provient d'un désir, qui vient de très loin et s'éprouve au présent. Le désir crée l'écriture. Amour, écriture : le même abandon. Un mouvement de va-et-vient, un roulis, qui ne finit jamais et donne corps aux rêves, les entraînant toujours plus loin. Qu'y a-t-il tout là-bas, là où l'amour se détache du temps, du réel, du cadre ? Là où l'écriture devient vivante ? Trouverai-je quelque chose ?"
"... Peut-être devrais-je renoncer au sommeil et me mettre à écrire, est-ce toujours le manque qui dicte l'écriture, saurai-je un jour écrire un livre, l'amour comble-t-il tous les manques... Vivre, est-ce être dans le manque, suis-je en train de penser ou de m'endormir, ma tête ressemble à un grand désordre traversé par des questions, les autres ont-ils des réponses, les autres savent-ils mieux que moi..."
"Juste avant le sommeil, parfois, j'ai la sensation d'une chute vertigineuse. Le corps tombe, lentement, le corps tombe et j'aime me sentir tomber, c'est effrayant et merveilleux, peut-être un jour la chute ne finira-t-elle pas, je mourrai ainsi, en tombant, et peut-être sera-t-il une belle mort, ce mouvement qui n'en finit pas."

(Et une peinture de Munch qui prouve qu'il pouvait avoir des pensées pas si tristes que ça)
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