Cadavre exquis
"Sans toit ni loi", d'agnès Varda, et Mona, et son odeur dérangeante, la prof de fac veut lui faire prendre un bain, et elle en prend un long, elle, après l'avoir rencontrée. Que sent-on, la crasse, la honte, notre honte, ce qui dérange, la différence, l'altérité, le corps, la mort ? Hantés par le régime publicitaire on se parfume, on se déodorise, on se lave, on se brosse, on se bain de bouche à n'en plus finir. Ca fait marcher le commerce. Cause et conséquence ? Quoi encore ; pas en odeur de sainteté ? Odeur délétère, corruption, voile du mal sur ce trait que l'on croit d'éternité, malgré nous, voir le Starets dans Les frères Karamazov. Quoi, alors, sentir bon, se sentir bien, frais, dispo, agréable, jeune, bébé cadum, bonbon prêt à être consommé, les dessous en plus ? Envie... mais le reste. Pas voir, pas vu. Autre part. Pas moi, label luxe. Quelques gouttes sur mon corps, fragrances, désir, extase. Pas corps souffrant, décrépis. Les élus et les damnés. Ne pas sentir, ou sentir bon. Mon parfum, moi comme ça, léger, mais laissant ce je ne sais quoi dans l'atmosphère. Présence précieuse. Ivresse rare. Voile d'égo. Faire plaisir. Sans voir l'autre. Révéler sa présence ou... se déodoriser. Dépend comme on se voit. Tous les barreaux de l'échelle sociale, sans même le savoir, selon qu'on se considère ceci ou cela, ou plus rien. La distinction et tous ses jeux, disait Bourdieu. Ou même ne le sachant plus, ou pas, ou jamais. Finir comme Mona, Maculée de lie de vin, dans un fossé. Froid, on ne sent plus, après. On n'est plus chaud, plus au chaud. Plus besoin de masquer son odeur de cadavre.
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