Tranche de vie de la bonne femme qui sent le chien
Au supermarché, une femme à l'âge incertain s'approche de moi, le poignet tendu. Poignet renversé, posture connue pour se trancher les veines, ou alors se les parfumer.
- Vous aimez ? me demande-t-elle.
- Ben, heu, moi personnellement j'aime pas trop mais bon les goûts et les coul...
- Faut me dire, hein, parce que tout le monde dit que je sens le chien. Alors faut que je trouve un bon parfum, hein, un qui sent pas le chien.
Je souris comme au guillotineur de nains minuscules, ou à Aimé Brioche si je le voyais. Voire à Laura Ingalls. Un sourire compatissant, accompagné d'un regard humide d'incompréhension. Oui, mes yeux pleurent quand je ne comprends pas, parce qu'il n'y a rien de pire que de ne pas comprendre, dans la vie, à part peut-être de comprendre que la vie part (oh, Man, tes phrases alambiquées me manquent tellement, reviens, toi seul me fait pleurer autant).
Lâche, je quitte la dame sans l'aider davantage. Je m'en veux tellement, mais comment puis-je l'éclairer, ou la rouge-croiser, ou la petit-frère-des-pauvrer, hein ?
S'est-on jamais préoccupé de l'odeur des gens ?
Pauv'vieille, tiens (à moins qu'elle soit jeune)...