Violette - 3
Violette secoua la tête. Elle avait parfois de ces déconnexions spatiales et temporelles, où les mots n'étaient que sensations. Il faut dire que les événements récents l'avaient perturbée. Ne plus y penser.
Penser aux choses concrètes.
Violette estimait être victime d'un grave problème : elle avait l’amour grave et l’érotisme gai. Ce problème-là avait d’assez graves répercussions sur sa vie toute entière.
D'abord, elle était célibataire. Elle savait très bien tomber amoureuse, mais finissait très vite par s’ennuyer à force de ne faire l’amour qu’avec un seul homme. Mais comme elle l’aimait, elle était incapable d’aller voir ailleurs, par peur de le perdre… Elle avait déjà testé les relations longues : elle finissait par s’étioler, jusqu’à avoir l’air d’une vieille chaussette, aimait-elle à penser dans ce langage qu’elle avait souvent juste et imagé. Et à la fin elle se répétait en boucle le refrain de Brassens : quatre-vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant… Lorsqu'elle se mettait à le chanter pendant l’acte, sans vraiment s’en rendre compte, en général, c’était le refrain vedette qui signait la fin de la relation. Il la quittait et elle le comprenait, le pauvre homme.
Ensuite, le célibat, ça n’était pas si amusant quand on croyait à l’amour, au vrai. Bien sûr, elle succombait de temps en temps pour un charmant garçon qui éveillait en elle cet enthousiasme délirant : l’envie de faire l'amour ! C’était assez déstabilisant pour l’autre, mais quand elle reconnaissait le désir, elle ne pouvait s’empêcher de rire. Elle avait l’œil qui pétillait, et elle pouffait. Elle s’amusait vraiment, avec lui quel qu’il soit. Elle s’oubliait complètement, elle aimait faire plaisir, à elle-même et à l'autre, comme quand elle entraînait un copain dans les montagnes russes de la fête foraine, petite. Elle aimait le voir rire à gorge déployée et s’agripper à la barre de sécurité en lui jetant un regard fou. S’il criait, c’était encore mieux, et elle l'imitait, ravie. Puis le tour était terminé, il redescendait en lui jetant à peine un regard, et courait rejoindre ses copains. Son cœur se plombait subitement, malgré le bonheur des quelques secondes précédentes… Elle avait le sentiment, souvent, que ni elle, ni les hommes n’avaient grandi.
Le boucher non plus d'ailleurs.
Elle n'avait senti aucune connivence, suite à sa première tentative de contact. Dommage...
Elle songeait avec un sourire que, quelques mois auparavant, jamais elle n'eût osé verser des termes aussi sincères dans l'esprit d'un homme, par simple plaisir. Elle macérait seulement dans une langueur mélancolique alimentée de certains journaux féminins, dans une attente vaine et pleine d'espoirs romantiques. Parfois, le tour de manège arrivait, mais elle ressentait toujours à la fin ce malaise de la passivité. Comme si une fatalité l'écrasait par la force centrifuge du destin.
Mais la couleur de ses aventures avait changé depuis peu. Penser aux choses concrètes.
Violette estimait être victime d'un grave problème : elle avait l’amour grave et l’érotisme gai. Ce problème-là avait d’assez graves répercussions sur sa vie toute entière.
D'abord, elle était célibataire. Elle savait très bien tomber amoureuse, mais finissait très vite par s’ennuyer à force de ne faire l’amour qu’avec un seul homme. Mais comme elle l’aimait, elle était incapable d’aller voir ailleurs, par peur de le perdre… Elle avait déjà testé les relations longues : elle finissait par s’étioler, jusqu’à avoir l’air d’une vieille chaussette, aimait-elle à penser dans ce langage qu’elle avait souvent juste et imagé. Et à la fin elle se répétait en boucle le refrain de Brassens : quatre-vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant… Lorsqu'elle se mettait à le chanter pendant l’acte, sans vraiment s’en rendre compte, en général, c’était le refrain vedette qui signait la fin de la relation. Il la quittait et elle le comprenait, le pauvre homme.
Ensuite, le célibat, ça n’était pas si amusant quand on croyait à l’amour, au vrai. Bien sûr, elle succombait de temps en temps pour un charmant garçon qui éveillait en elle cet enthousiasme délirant : l’envie de faire l'amour ! C’était assez déstabilisant pour l’autre, mais quand elle reconnaissait le désir, elle ne pouvait s’empêcher de rire. Elle avait l’œil qui pétillait, et elle pouffait. Elle s’amusait vraiment, avec lui quel qu’il soit. Elle s’oubliait complètement, elle aimait faire plaisir, à elle-même et à l'autre, comme quand elle entraînait un copain dans les montagnes russes de la fête foraine, petite. Elle aimait le voir rire à gorge déployée et s’agripper à la barre de sécurité en lui jetant un regard fou. S’il criait, c’était encore mieux, et elle l'imitait, ravie. Puis le tour était terminé, il redescendait en lui jetant à peine un regard, et courait rejoindre ses copains. Son cœur se plombait subitement, malgré le bonheur des quelques secondes précédentes… Elle avait le sentiment, souvent, que ni elle, ni les hommes n’avaient grandi.
Le boucher non plus d'ailleurs.
Elle n'avait senti aucune connivence, suite à sa première tentative de contact. Dommage...
Elle songeait avec un sourire que, quelques mois auparavant, jamais elle n'eût osé verser des termes aussi sincères dans l'esprit d'un homme, par simple plaisir. Elle macérait seulement dans une langueur mélancolique alimentée de certains journaux féminins, dans une attente vaine et pleine d'espoirs romantiques. Parfois, le tour de manège arrivait, mais elle ressentait toujours à la fin ce malaise de la passivité. Comme si une fatalité l'écrasait par la force centrifuge du destin.
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