Violette et Psyché

Publié le par Clara



Une fois rentrée chez elle, Violette se tourna d'instinct vers l'objet le plus original de son appartement : une psyché.
Un joli miroir en pied, datant du XIXième siècle, aux montants en balustres sommés de toupies, se prolongeait par des pieds cambrés. Sur le bois de l’encadrement était gravée une silhouette de femme nue, couchée. Le dessin malhabile quoique joli n’était certainement pas d’origine. Certains auraient considéré la chose comme la dégradation d’un bien de valeur, mais Violette y décelait une grâce supplémentaire. Sous le dessin, on pouvait déchiffrer ce mot : Psyché. Cette femme nue représentait donc celle qui avait inspiré la jalousie d’Aphrodite, et l’amour d’Eros. Celle qui fut victime de sa beauté et condamnée à de rudes et humiliants travaux par la déesse de l’Amour. Victime de sa curiosité, aussi, pour avoir voulu découvrir l’apparence de son amant.
Violette avait été touchée par ce récit qu’elle avait trouvé à la bibliothèque de l’Alcazar, lors de ses recherches sur l’origine du dessin. Elle avait tout fait pour sauvegarder le miroir du naufrage de leurs biens.
Elle soupira, se mira un instant, lissant ses boucles presque mauves. Elle se jaugea. Se demanda qui elle était. C'était une réponse de cet ordre-là qu'elle avait cherché dans le regard du beau jeune homme de la boutique.
La séduction, se dit-elle, n'est-ce pas d'abord vouloir combler une faille ? Celle qui se creuse au fil du temps, depuis l'enfance. Depuis que maman ne nous prend plus dans ses bras, que papa n'est plus Dieu. La séduction, c'est, dans ce miroir qu'est l'autre, retrouver cette confiance perdue. C'est cette injonction qu'on lui jette sans détour : suis-je toujours aimable, maintenant que je suis grande ? Sauras-tu reconnaître l'enfant perdue que je suis ? Sauras-tu me donner la main ?
C'est tout cela qui s'était joué dans la boutique, cet après-midi-là.

Violette était restée interdite, lorsque le jeune homme fut parti. Pourtant, cela ne ressemblait pas à une fuite. Non, il y avait eu ce très long moment, très intense. Ils s'étaient mirés l'un dans l'autre. Puis il était parti, conscient de son choix.
Il n'avait rien fait, lui. Il avait juste été lui, et ça avait suffi.

Elle, elle avait ressenti cette fascination que l'on éprouve face aux êtres en qui on se reconnaît, comme dans la psyché. Etres différents à couper le souffle, pourtant. Irions-nous vers une copie de nous-même ? C'est la ressemblance qui intrigue, l'altérité qui attire et retient. Une curiosité d'enfant, impérieuse, l'avait envahie. Le désir d'approcher l'Autre, à petits pas, l'apprivoiser comme le renard du Petit Prince, c'était plus fort que la peur. Il ne lui avait fallu aucun courage. C'était évident, cette rose donnée. C'était un pari inouï.
Ensuite, bien sûr, la peur était là quand même. Le flottement de l'écart entre son propre désir et le sien à lui. Elle avait senti, durant ce laps de temps, la vanité de son acte. Elle avait soudain montré à Doumé un chemin qu'il n'avait pas vu, à ce carrefour de la vie. Il se trouvait désormais face à un choix, peut-être désagréable. Elle l'avait rendu otage de son propre sentiment. Elle avait eu l'orgueil de se croire digne de lui. A-t-on ce droit sur les gens ?
Puis elle se dit que, quoi qu'il en soit, elle serait, au pire, un roseau de plus penché vers la mare de son âme.
Il avait reçu la rose avec un sourire. Avec étonnement et émotion. Avec fierté, peut-être. Avec l'envie de se caler dans le désir de l'Autre. De l'écouter.
Ils s'étaient écoutés. Sondés, durant ce temps très court. Ils voulaient connaître le bonheur d'être accueillis, puis d'explorer un monde inconnu. Oui, c'était possible, ils l'avaient senti tous deux. Un possible magnifique, empli de respect, d'amour et de poésie.
Puis le possible s'était annulé de lui-même.
Le plomb de la réalité avait coulé dans leur coeur.
Il était parti.

Les jeux de l'amour et du hasard ne sont pas toujours jouables, se dit Violette. Parfois, il faut abandonner l'enfant perdu qui se niche en nous. Etre plus adulte que jamais. S'aimer sans se mirer dans une autre âme.
Elle avait incliné son regard vers l'âme de ce jeune homme. Elle n'y serait donc qu'un roseau, à la tête aussi lourde que le coeur, frôlant la mare sans la toucher. Parfois, il y aurait du mistral. Le roseau frôlerait la surface de l'onde. Aussitôt, il la quitterait.
Ce serait ainsi, se dit-elle.
En partant, il lui avait jeté un dernier regard, cela, elle en était sûre. Elle comprit qu'un autre possible s'offrait à eux. Différent de ce qu'ils avaient approché. Plus sage. Peut-être plus durable. Important et lumineux.

Violette s'observa un moment encore dans sa psyché. Son reflet lui adressa un sourire de Joconde.
Puis, pour se changer les idées, elle se mit à écrire une histoire. Les mots étaient depuis toujours les bouées qui maintenaient son âme en surface. Ils l'empêchaient de se noyer dans sa propre mare, dont elle comptait les roseaux.
Une fois terminée, elle enferma son histoire dans une enveloppe rose...
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Publié dans Le roman de Violette

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A
Ben, je crois que c'est à Ad, mais si il y va pas, je fais la fête à quelqu'une...Vôtre, briochesqueAimé B
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C
Merci beaucoup, Ad... A la v(i)olette est ajoutée à la compilation !Ben maintenant, faut que quelqu'un écrive la suite, hein. Alors alors, à qui va-t-elle destiner la prochaine histoire dans l'enveloppe rose ? Et que va-t-il arriver à ce destinataire ? Mettez fin à ce suspense insoutenable !
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M
Euh... Excusez-moi, les copains...Mais je tiens à signaler avec déférence au Responsable des Compilations qu'il manque "A la v(i)olette" au roman déjà célèbre et à épisode -1/3 chacun  n'est-ce-pas, de ce blog à nous ami.
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A
ah, clara, ça fait plaisir de te retrouver, oui trés, trés
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C
Me revoilà ! Ben vous m'avez manqué, hein... Voici la suite de Violette, écrite dans le train. C'est chouette d'écrire dans le train, où l'espace et le temps s'étirent lentement. Le temps de réfléchir et bien choisir ses mots... Et en même temps, c'est un peu ma contribution sur les possibles...
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