Violette - 1
Vous croyiez vous en sortir comme ça, hein ? Me mettre dans la peau de Laura Ingalls puis de Clara Morgane n'aura pas été sans conséquence sur ma vie littéraire (et je ne vous parle pas de ma vie privée). Voici donc MA VENGEANCE, HA HA HA !
Voici le début d'un chapitre d'un texte ancien de ma pomme. Je vous défie de le continuer. On va en faire un roman pas croyable, je suis sûre. A vos méninges !
PS : pour s'y retrouver, ce sera peut-être plus facile qu'on mettre en titre Violette, suivie du numéro de l'épisode... Tout le monde peut participer, bien sûr. C'est parti.
– Comment vont vos chats aujourd'hui ?
La vieille flânait dans la boutique, faisant mine de s'extasier sur les compositions florales ou les plantes grasses. Lorsqu'elle eût fini de louvoyer, elle s'approcha au plus près du comptoir, y posant sa poitrine flasque et tombante. Elle se pencha au maximum, quelques os craquèrent, les gros carreaux marine de sa robe informe en tissu robuste s'étirèrent sous la tension, et son visage blanc aux reliefs accidentés ouvrit des yeux immenses, d'un bleu pâle de ciel parisien. Personne pourtant n'était aussi marseillais que la dame aux chats – rares étaient ceux qui connaissaient son nom véritable. Certains l'appelaient Vestiges, autant par manque de respect pour son extrême vieillesse que parce qu'elle occupait les abords du parc des Vestiges aux heures les moins chaudes de la journée, traquant l'ombre et les chats. Elle posait son popotin encore rond, seule onctuosité dans ce corps anguleux, sur le muret qui entourait le parc, dont les ruines portaient la légende du mariage de Gyptis et Protis, à l'origine de Massilia la Gréco-Romaine. Elle faisait ainsi face à la circulation bousculée, inhérente à la proximité d'un des temples de consommation de la ville. Elle observait le va-et-vient des moins fortunés vers le magasin Tati, en face. Ceux-là n'osaient guère mettre un pied derrière elle, dans le centre où la bourse devait être mieux remplie. Elle savait qu'ils se rendaient ensuite plus haut, vers Noailles, au marché des Capucins.
Les chats dormaient ou sautaient autour d'elle qui plaçait quelques coupelles ici ou là, de préférence au milieu du trottoir pour obliger les passants à lever le pied. Cela les forçait à une remarque ou deux, bien souvent, et elle n'aimait rien mieux que bavarder. Sa solitude l'inclinait vers les ragots en tous genres. Hélas, elle n'avait le plus souvent que ses chats à qui parler, qui ne lui répondaient guère. Cela l'exaspérait tant, qu'à l'abri des regards, elle leur balançait parfois un coup de pied rageur. Personne n'imaginait qu'elle abhorrait ses félins indifférents. Ses sales bêtes parasites n'étaient en réalité que le prétexte pour sortir de son Type 1 humide, de plus en plus sale à mesure qu'elle se sentait incapable de l'entretenir.
Elle était désespérément à la recherche de paroles humaines.
Lorsque la pêche aux passants avait été infructueuse, elle hantait les commerces du quartier pour y glaner conversations superficielles ou confidences désespérées. Chacun finissait par apprendre à ses dépens qu'elle savait autant cueillir que semer les mots.
Violette se pencha, par égard envers la vieille dame, mais ne put réprimer une grimace face aux cheveux rares et gris qui pendouillaient le long de ce visage trop émacié, où un poil tremblait au menton. La vieille ouvrit la bouche sans lèvres visibles, et un filet de bave s'y étira. Violette cessa instinctivement de respirer lorsque Vestiges souffla d'une voix cassée :
– Mes chats, oui, ils vont bien, les pauvres amours. C'est pas comme le boucher !
Violette laissa le temps s'épaissir entre elles.
– 'Savez pas ce qui lui est arrivé, au boucher ? Ma foi, un meurtre ! Tout découpé, qu'il est, le pauvre homme, peuchère ! 'Paraît que c'est atroce, atroce !
– Le... Notre boucher ?
– Vous le connaissiez bien, tout de même ! Charmant comme il était, ma foi, toutes les minottes du quartier le badaient. Vous alliez souvent y acheter votre jambon, si je ne m'abuse ?
Violette rougit. Elle eût aimé que cette vipère se taise enfin. Mais elle continua son persiflage.
– Et puis avec une femme pareille ! M'est avis qu'il devait montrer le loup à d'autres, c't'homme-là ! Jamais vu un couple aussi mal assorti ! Moi, je vous le dis, c'est un crime passionnel, c'est sûr !
Violette se redressa, le visage fermé, et se retourna pour terminer d'emballer une commande. Elle prit suffisamment son temps pour que Vestiges se lassât de son propre monologue, et allât titiller une autre vendeuse d'un autre magasin.
Lorsque la dame aux chats s'en fut enfin nuire ailleurs, la jeune fille se laissa tomber sur son tabouret. Les clients étaient assez rares pour qu'elle put s'abandonner à des pensées et rêveries volatiles.
Elle eut une pensée émue pour ce pauvre boucher. Oui, il était beau. Violette espérait lui avoir donné un peu de plaisir avant que... Un profond soupir la tassa sur elle-même, puis elle se réfugia dans des considérations existentielles compliquées : son péché mignon...
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